Gideon Falls (T.1) : Une plongée dans l’horreur façon Lemire

Si Jeff Lemire s’est rapidement construit une solide réputation dans l’univers des comics, ce n’est pas grâce à ses quelques passages, pourtant de bonne facture, chez Marvel (Old Man Logan), DC (Green Arrow) ou Valiant (Bloodshot). Ses coups de maître sont plutôt à chercher du côté de l’indé avec des œuvres majeures telles qu’Essex County, Royal City ou encore Sweet Tooth. Et, à cette bibliographie déjà bien fournie, vient désormais s’ajouter Gideon Falls. 

En gestation depuis deux années, cette série, du moins, son premier volume, profite du talent des deux artistes responsables. D’un côté, Lemire laisse libre cours à son imagination comme il le fait régulièrement quand il est à la tête d’un projet indépendant et, de l’autre, Andrea Sorrentino construit ses planches de façon subtile et originale tout en y ajoutant une touche malsaine parfaitement adéquate au récit. 

Du récit parlons-en justement. On y découvre deux histoires parallèles. D’abord, il y a Norton, un jeune homme contraint de voir un psy suite à des troubles qui le gangrènent depuis l’enfance. Convaincu que les déchets de la ville où il réside renferment des secrets, il collecte régulièrement des bouts de bois trouvés au milieu d’immondices. Ceux-ci lui permettraient de trouver l’énigme de la grange noire, une imposante bâtisse qui n’existerait que dans l’esprit de Norton à en croire son docteur. Ensuite, il y a le père Fred, tout juste transféré dans une nouvelle bourgade du nom de Gideon Falls pour y remplacer son prédécesseur décédé dans de mystérieuses circonstances. Et dès sa première nuit sur place, l’homme d’église est en proie à une vision : celle d’une grange noire. 

Comme à son habitude, Lemire nous offre un début de série captivant qui aura le don de pousser les fans à tourner les pages de plus en plus vite et ce, malgré une ambiance pesante. Car oui, l’atmosphère qui se dégage des pages de Gideon Falls tient bien de l’horreur, un genre encore jamais exploité par le scénariste d’Essex County.

Et pour faire frémir son lecteur, à l’instar de Nailbiter, Gideon Falls ne mise pas sur l’apparition de monstres tous plus terrifiants les uns que les autres mais bien sur l’installation d’un climat malsain qui prend racine sur une réalité qui se disloque. Ainsi, si tout semble normal à la lecture des premières pages, la tournure que prend la suite tend à suggérer que des phénomènes inexpliqués régissent certaines facettes de notre univers.

L’artiste, Andrea Sorrentino, profite de la situation pour se laisser aller à des compositions qui, elles aussi, participent à la création de ce sentiment de malaise chez le lecteur. Dès la première case, on peut s’en rendre compte avec une inversion verticale de la planche de façon à nous représenter le héros dans une posture inversée (la tête en bas) et nous faire comprendre que quelque chose ne tourne pas rond… Ajoutez à cela le jeu de couleurs savamment choisi par Dave Stewart et vous obtenez des pages misant surtout sur le rouge et le noir qui, l’espace d’un instant, auront le pouvoir d’angoisser le lecteur que vous êtes. 

Les artistes à la tête de Gideon Falls réussissent donc aisément leur pari avec ce projet : celui de poser les bases d’une série horrifique captivante. Sans révolutionner le genre, ce premier volume présente bien des arguments qui satisferont à la fois les fans du scénariste, Jeff Lemire, et ceux qui affectionnent les récits à l’ambiance oppressante.

Note : 9/10

R.L.

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