Le Mage du Kremlin : à la découverte de Poutine au travers d’un magnifique roman graphique

Poutine, un nom sur toutes les lèvres par les temps qui courent. La Syrie, l’Ukraine, l’Iran… autant de dossiers où le chef d’État a apposé son empreinte d’une façon ou d’une autre. Le roman graphique Le Mage du Kremlin prend justement le temps de partir à la rencontre de cette personnalité hors norme pour en découvrir le régime et son accession au pouvoir.

À l’origine, il y a le roman de Giuliano da Empoli, ici adapté en bande dessinée par Luc Jacamon (Le Tueur). Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le sujet ne manque pas de matière : Poutine, personnage énigmatique, calculateur, imprévisible, incarne à lui seul une tension narrative constante. Fascinant autant qu’inquiétant, il capte l’attention dès qu’il apparaît.

D’un simple regard, grâce à son aura, lors d’un moment figé dans le temps : il instaure le doute, la soumission, l’incapacité à réagir face au loup qu’il représente pour la plèbe que nous représentons. Pour parvenir à ce résultat sans précédent, Jacamon a pu s’appuyer sur son fantastique coup de crayon. Après Le Tueur, l’artiste nous prouve qu’il ne compte pas se reposer sur ses lauriers. Les visages sont intrigants, mystérieux, révélateurs et particulièrement… humains. Autant dire qu’observer, dans une case, le président russe vous fixer intensément, au travers d’un tel graphisme, a de quoi intimider. (On se répète, mais quel coup de crayon !)

Côté écriture, les dialogues, eux aussi, bénéficient de l’écriture du romancier. Suivre Poutine menacer ceux qui lui portent atteinte, consolider sa place dans l’échiquier politique ou encore définir en coulisses sa ligne directrice reste un plaisir absolu, à la fois didactique et divertissant. Évidemment, il n’est pas seul dans cette aventure, épaulé par son éminence grise : Le Mage du Kremlin, Vadim Baranov. Celui-là même qui donne son surnom au roman graphique. Le mage de Poutine est issu du monde médiatique et demeure un homme de lettres. Poète dans l’âme, il incarne une sensibilité plus littéraire. On passe alors d’un moment politiquement fort autour de Poutine à une relation amoureuse dans laquelle Vadim Baranov se complaît à élaborer des phrases quelque peu alambiquées.

En outre, ce protagoniste n’est jamais réellement captivant. Il faut dire qu’aux côtés de Poutine, il était difficile qu’il en soit autrement. Précisons également qu’hormis le chef d’État russe, d’autres personnalités (des oligarques pour la plupart), bien connues des médias, apparaissent au fil des pages et permettent de situer le récit dans le temps. Seul le protagoniste principal se voit affublé d’un nom d’emprunt (bien que l’on suppose qu’il s’agisse de Vladislav Sourkov).

Enfin, l’adaptation du roman en bande dessinée aura probablement été complexe pour l’auteur et le dessinateur. Les deux hommes ont été contraints d’opérer des choix, de laisser la place aux ellipses plutôt qu’à de trop longues séquences. Résultat : Plusieurs passages, bien que compréhensibles, manquent de contexte et de recul.

Attention toutefois : Le Mage du Kremlin demeure un roman graphique que l’on recommande aisément tant il regorge de qualités. Il faut néanmoins reconnaître que face à un « personnage » tel que Poutine, tout sujet, quel qu’il soit, tend à perdre de son aura — et le héros de cette œuvre n’y échappe pas.

Cela ne change évidemment rien à notre enthousiasme ni à notre impatience grandissante à l’égard de la prochaine publication de Luc Jacamon, qui semble transformer en œuvre d’art tout ce qu’il touche.

Note : 7/10

R.L.

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