Frankenstein : une nouvelle adaptation pour détrôner les autres ?

Mary Shelley, autrice indémodable grâce notamment à son excellent Frankenstein. Ce savant fou, créateur d’un monstre à l’apparence presque humaine, dont l’histoire n’a cessé de nourrir de multiples adaptations au cinéma comme en littérature. « Vu et revu », voilà ce que l’on pourrait entendre de mille bouches à l’idée d’une nouvelle relecture de l’œuvre. Mais là où certains se contentent de moderniser un texte à l’écriture vieillissante, David Sala (Le Joueur d’échecs, Le Poids des Héros…) réalise un véritable tour de force.

Comment ? En puisant au plus profond de son cœur d’artiste. Il suffit de poser les yeux sur les premières pages — non, sur la couverture ! — pour se rendre compte de la création fantastique qui nous est proposée. Les couleurs sont fortes, puissantes. Un simple à-plat nous transporte dans des contrées lointaines ; un regard nous transperce avec une aisance incomparable. Un style des plus originaux, un coup de pinceau à la fois monstrueux et magnifique, des visages aussi perturbants que sublimes : en fin de compte, tout dans cet ouvrage nous ramène à la créature de Frankenstein.

D’ailleurs, parlons du monstre. Celui conçu à partir de morceaux de chair humaine, d’organes de défunts et d’expérimentations folles. Ici, il n’est pas seulement une créature : il devient le vecteur de nombreux thèmes toujours actuels. De la violence humaine à la peur de l’inconnu, en passant par le respect de la différence, ce Frankenstein n’a rien d’éculé. Au contraire, chaque moment fort nous renvoie à notre présent et ouvre de nouvelles perspectives. Les aficionados de l’œuvre originale apprécieront également de retrouver la créature à travers des épisodes clés de son existence, parfois non racontés par Mary Shelley. David Sala aime en effet s’attarder sur ces instants qui, bien qu’anecdotiques en apparence, renforcent la personnalité de ses personnages et l’impact de son récit.

À l’image de son sujet, David Sala parvient ainsi à livrer une création inégalée dans son style : magistrale en tant que roman graphique, captivante par les thématiques sociétales qu’elle aborde. Par son dessin (réalisé uniquement à la gouache), une écriture fine, parfois épurée, et la grâce qui se dégage de l’ensemble, l’artiste nous offre une œuvre qu’il nous tarde déjà de relire.

Note : 8/10

R.L.

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