Essex County : Jeff Lemire transforme la vie au Canada en œuvre d’art

Comme vous avez déjà pu vous rendre compte, je n’ai pas tari d’éloges à propos de Sweet Tooth. Jeff Lemire nous y contait l’histoire d’un petit garçon affublé de bois de cerf qui découvrait le monde post-apocalyptique dans lequel il vivait. Au travers de ce récit, on ne pouvait qu’admirer la manière avec laquelle l’auteur créait ou détruisait des relations entre ses personnages. Une plume magnifique, des événements tragiques et des rencontres improbables étaient sans aucun doute les ingrédients du succès de cette série en trois volumes éditée chez Urban Comics.

Aujourd’hui, c’est un autre comic-book qui nous occupe pour cette chronique. Sorti depuis plusieurs années chez nous par l’intermédiaire de Futuropolis, Essex County est une œuvre particulière. Un rapide coup d’œil aux dessins en noir et blanc devrait déjà mettre la puce à l’oreille : il ne s’agit pas de n’importe quel roman graphique, loin de là.

Jeff Lemire, à qui l’on doit Jack Joseph, Winter Road, Swamp Thing et bien d’autres comics, est né et a été élevé dans le comté d’Essex au Canada. Et comme l’indique le titre, c’est à cet endroit que prend place l’histoire d’Essex County.

Dans cette dernière, nous découvrons des anecdotes et des moments de vie. Elevé par son oncle, Lester est un jeune garçon qui déborde d’imagination. Il passe son temps à jouer au super-héros et imagine devoir protéger son terrain de jeu d’une menace extraterrestre en s’appuyant sur sa dextérité et son intelligence. Son oncle, lui, rêve d’un tout autre super-pouvoir : établir une communication naturelle avec Lester depuis que ce dernier est orphelin et ne s’ouvre plus aux personnes qui l’entourent. Autre endroit, autre temps, Lou Lebœuf n’est plus tout jeune et l’âge lui joue des tours. Il se remémore les moments qui ont jalonné sa vie : de sa petite carrière de hockeyeur aux disputes avec son frère en passant par un drame familiale, tout semble lui revenir par intermittence, et ce bien malgré lui. Et puis, il ne faudrait pas oublier Jim qui a eu l’opportunité de jouer en NHL (ligue professionnelle de hockey) avant qu’une blessure ne vienne interrompre son ascension.

Ces protagonistes ont tous à leur façon participé à l’histoire du Comté d’Essex en y vivant, tout simplement. Et c’est avec brio que Jeff Lemire nous raconte leurs vies.

Quand une vie est la plus belle des histoires

Il n’aura suffi que de quelques pages pour me faire réaliser que je me trouvais, encore une fois, face à un chef-d’œuvre.

Comme le disait déjà le scénariste pour Sweet Tooth : « Je me contente de laisser les personnages parler ». Plus que jamais, c’est encore le cas pour Essex County. On assiste à des récits de vie qui s’emboîtent les uns dans les autres pour former un « tout » poétique, captivant et mémorable. Chacun des protagonistes possède son ou ses secrets et mérite que l’on s’attarde, n’est-ce qu’un bref instant, sur son existence. On se rend compte, si ce n’était déjà le cas, qu’avec la plume d’un tel auteur, chaque événement, aussi anodin soit-il, s’il est est raconté avec talent et précision, devient un moment de lecture fascinant et enchanteur. Et c’est ce qu’offre Jeff Lemire : une plongée intimiste tout bonnement envoûtante au cœur des vies qui ont contribué à l’histoire d’une région canadienne.

Avalé par les relations qui se lient et se délient au gré des pages du titre, le lecteur que je suis n’a pas réussi à s’extraire de sa lecture avant d’atteindre la toute dernière page. La faute à une écriture sans faille et un graphisme hors du commun. Pour comprendre le chemin parcouru pour obtenir un tel résultat, il faut se pencher sur les études entreprises par Jeff Lemire. Si celui-ci a étudié le cinéma avant de prendre une autre direction professionnelle, il est évident que son premier cursus a influencé ce roman graphique. La précision avec laquelle il agence ses cases, sa façon de jouer avec les plans ou encore, la retranscription des émotions des personnages ne sont que quelques-unes des preuves de son incroyable talent artistique et cinématographique.

Pour conclure, je réutiliserai le mot « chef-d’œuvre » car c’est véritablement ce que nous offre Jeff Lemire. Impossible à résumer, Essex County est un roman graphique pour lequel il est nécessaire de tenter l’expérience si l’on souhaite comprendre ce dont il est réellement question. Certes, les dessins de l’artiste canadien ne plairont pas à tous et, même avec la poésie et l’élégance d’un Jeff Lemire, les récits du type « Tranches de vie » ne conviennent pas à tous les lecteurs. Pourtant, les qualités de cette œuvre sont tellement nombreuses que je n’hésiterais pas une seule seconde à la conseiller à chaque fan de comics, quel que soit son genre littéraire de prédilection.

Jeff Lemire, par l’intermédiaire de Futuropolis pour la version française, nous livre une véritable incursion dans la vie de quidams et transforme le tout en un parfait moment de lecture.

Note : 10/10

R.L.

 

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