A.D. After Death : l’intelligence de Snyder et l’art de Lemire au profit d’une fable sur la vie

Le premier est reconnu pour son run sur Batman New 52 et d’autres récits tels que American Vampire et The Wake. Le second s’est forgé un statut d’auteur et d’artiste à suivre avec des œuvres qui portent le nom d‘Essex County et de Sweet Tooth pour ne citer que ces deux exemples. Deux hommes au C.V. très fourni qui ont choisi de collaborer sur un comic-book indépendant sorti chez nous il y a peu dans la collection « Urban Graphic ». C’était d’ailleurs une évidence il y a plusieurs années, ça l’est d’autant plus aujourd’hui : Scott Snyder et Jeff Lemire n’ont pas usurpé leur réputation et ils le prouvent encore une fois avec A.D. After Death.

Derrière ce titre mystérieux, Snyder, devenu l’un des piliers de DC Comics, nous livre une histoire à mille lieux de son Batman au profit d’un récit philosophique où les jalons ne sont autres que l’importance de la vie telle qu’on la connaît, des souvenirs que l’on en garde et des individus que l’on rencontre et qui façonnent notre existence. Et qui de mieux que Jeff Lemire pour illustrer une telle fable ? L’artiste a maintes fois prouvé qu’il en avait dans le ventre quand il s’agissait de dépeindre des situations poignantes et poétiques dont les personnages sont l’épicentre.

Dans le cas présent, c’est un homme répondant au nom de Jonathan Cook qui endosse le rôle de fil conducteur. Celui-ci étant, ni plus ni moins, que l’un des piliers d’une immense découverte : le remède contre la mort. Les humains ne peuvent, par conséquent, plus mourir, ils ne peuvent même plus vieillir. Mais cette fabuleuse avancée scientifique est-elle pour autant synonyme de « mieux-être » pour notre espèce ?

Une construction à part pour un récit à part

Si le pitch est intrigant, il en va de même pour les autres facettes de ce comic-book. La construction graphique, par exemple,  se présente comme suit : quelques pages de texte pourvues d’une seule illustration sont suivies de planches plus classiques, si tant est que l’on puisse considérer les dessins de Lemire comme « classiques ». Le doute n’est donc pas permis : nous sommes bien en présence d’un roman graphique.

La narration décousue qui passe d’un flashback à un flashforward avant d’en revenir au présent conduit également à la même conclusion. Prenant, ce procédé n’en est pas moins déstabilisant pour qui ne serait pas habitué. D’ailleurs, n’espérez pas obtenir les clés de cette lecture dès le premier chapitre. Snyder vous emmène et il reste le seul maître à bord.

Et si la complexité est de mise, c’est bien l’originalité qui prévaut à tel point qu’il devient évident que les mots « roman » et « graphique » n’ont jamais, ou presque, été aussi bien choisis pour désigner un comic-book. D’une part, pour les pages très fournies en texte à la manière d’un roman et, d’autre part, pour le style graphique si singulier et si peu conventionnel de Jeff Lemire.

Fidèle à lui même, l’artiste canadien ne se fait d’ailleurs pas prier pour dessiner des scènes poignantes où des êtres humains vivent tantôt des instants tragiques, tantôt des moments communs à toutes vies. Pour ce faire, il s’exprime dans un style à mi-chemin entre le croquis et l’aquarelle afin d’offrir au lecteur un rendu très original.

De plus, chacune de ces illustrations est lourde de sens et lorsque cela n’est pas perceptible au premier regard, une ou plusieurs phrases de Snyder ne tarde(nt) pas à le rappeler.

Dès lors, lorsque ce même Scott Snyder retombe dans ses travers, c’est d’autant plus préjudiciable. Pourtant très adroit avec les mots, il arrive encore à l’auteur d’oublier d’être concis et d’en revenir à l’essentiel lors de séquences où une simple ligne accompagnée d’une seule illustration auraient largement suffi à atteindre le résultat escompté. Fort heureusement, ce constat se fait assez rare et la plupart des mots employés font bien souvent mouche.

Preuve en est encore avec la fin ouverte et cohérente avec l’ensemble de l’histoire qui poussera sans aucun doute certains fans à retenter l’aventure une fois qu’ils auront toutes les clés du récit en leur possession.

A.D After Death est donc un roman graphique poignant, intelligent et esthétiquement épatant dont le postulat de départ est des plus intrigants : la découverte d’un « remède contre la mort ». Mais ce dernier n’est qu’un prétexte dont se servent les deux habiles auteurs, Snyder et Lemire, pour nous emmener dans une superbe fable philosophique qui entraînera son lot de questions et de remises en question.

Note : 8/10

R.L.

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