No Hero : Ellis ou l’art de placer des super-héros dans des situations dramatiques

Après Black Summer et avant Supergod, Warren Ellis (Transmetropolitan, The Authority) decevait quelque peu les lecteurs avec « No Hero ». En effet, entre un premier récit où l’auteur remet en cause la politique américaine via la prise de pouvoir sans concession d’un super-héros, et une autre histoire où les nations désireuses de tirer leur épingle du jeu dans tous les domaines possibles et imaginables choisissent d’entreprendre la création de véritables dieux et déesses, ce No Hero ne parvient pas à marquer les esprits outre mesure.

Pourtant, celui-ci démarre sur un pitch intéressant : Carrick Masterson, un personnage mystérieux, est le détenteur d’une drogue révolutionnaire (FX 7) qui transforme un être humain en véritable super-héros. Cet homme, ce Carrick Masterson, s’est construit, à l’image de Charles Xavier et de ses X-Men, un manoir où vivent ses protégés. Mais là où le Professeur X se contentait d’intervenir quand la paix était menacée, Carrick, lui, n’hésite pas à influer sur le cours de l’histoire pour ses intérêts personnels et ceux qu’il estime justes.

Ellis glisse donc une nouvelle critique politique dans ce No Hero, tout comme il l’avait fait avec Black Summer et comme il le fera avec Supergod. Cependant, celle-ci, même si encore une fois les dialogues profitent de l’intelligence d’écriture du scénariste, s’avère bien simpliste et ne devrait pas surprendre les lecteurs aguerris. On y apprend que chaque guerre a été influencée dans l’ombre d’une façon ou d’une autre et que les médias ne révèlent à l’opinion publique que la version choisie par les véritables dirigeants du monde.

Evidemment, les super-héros jouent ici un rôle important puisque le groupe fondé par Carrick est à la base de bon nombre d’opérations qui ont eu une influence sur l’Histoire. Pour y parvenir, ce mentor de super-héros sélectionne avec soin ses futurs apprentis : un test psychologique et quelques examens médicaux sont requis avant d’ingérer la fameuse drogue FX 7. Cruciale, cette dernière étape comporte bien des incertitudes puisqu’il est impossible de connaître au préalable la réaction physique et psychologique du sujet. Hallucinations, folie momentanée, perte de peau et/ou apparition de malformations physiques en tout genre… : devenir un super-héros demande bien des sacrifices et du courage.

Et c’est bien ce niveau de lecture, celui où l’on découvre les épreuves à franchir pour devenir quelqu’un d’autre, qui reste le plus intéressant. En effet, Ellis creuse le sujet en profondeur et n’épargne pas ses personnages : certaines mutations sont tout simplement horribles et conduiraient aisément n’importe lequel d’entre nous à le folie. Et puis, comme pour les deux autres volumes de cette trilogie, les dessins sont l’œuvre de Juan José Ryp et entre les représentations d’actes sanglants et de souffrances physiques abominables, l’artiste s’en donne à cœur joie.

Ce qui ne devrait pas choquer les lecteurs des deux autres volumes qui restent bien plus violents que ce No Hero.

Avec son triptyque Black Summer – No Hero – Supergod, Warren Ellis offre donc aux lecteurs sa vision des super-héros et l’influence qu’ils pourraient avoir sur la politique mondiale. Plaisant, le récit de No Hero fait tout de même pâle figure au milieu des deux autres. Face à un Black Summer très violent qui propose une critique acerbe des USA et à un Supergod original qui condamne la course à l’armement, No Hero, aussi agréable soit-il à lire, n’atteint jamais le niveau des deux autres récits.

A conseiller aux fans absolus du duo Ellis-Ryp qui ressert tout de même les quelques ingrédients propres aux trois volumes de la série : des scènes sanglantes, une critique sociétale et des dessins très détaillés.

Note : 6/10

R.L.

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