Black Summer : la politique américaine épinglée par W.Ellis dans un ouvrage incisif

Alors que la conférence de presse va débuter, ce n’est pas le Président des Etats-Unis qui se présente face aux journalistes mais un homme pourvu de pouvoirs, ou plutôt, d’augmentations à l’image des petits yeux volants qui ont pour fonction de le protéger. Il s’appelle John Horus et est couvert de sang, celui du Président et de ses plus proches conseillers. Ces derniers viennent d’être exécutés de sa main et Horus ne compte pas s’en cacher. Il profite de la présence de nombreux médias dans la salle pour l’annoncer à l’ensemble du pays.

Après Supergod, je me devais de poursuivre ma lecture de la trilogie de Warren Ellis sur sa vision peu reluisante des super-héros. Dans le premier cité, les hommes parvenaient à créer des dieux surpuissants et immortels ou presque. En ce qui concerne Black Summer, les « Armes» sont des êtres humains que les chercheurs des services secrets américains ont « augmentés ». Ils endossent donc bien plus les traits de super-héros que de dieux. Concrètement, cela signifie que ceux-ci, comme chacun d’entre nous, sont voués à commettre des erreurs. D’ailleurs, c’est sur base de l’une de ces « erreurs » que commence ce comic-book : John Horus décide soudainement de massacrer ceux qui, à ses yeux, sont les responsables de la corruption à grande échelle, soit le Président américain et sa suite.

Autant être clair sur ce point, si Supergod vous a révulsé, Black Summer dévoile des scènes bien plus violentes encore où tueries, massacres, sang et boyaux sont monnaie courante. Et c’est là le premier défaut de ce comic-book. Pour ma part, ces planches ne me gênent pas mais il en sera certainement autrement pour d’autres lecteurs. Et à l’inverse d’un Crossed, le degré de violence n’est, dans le cas présent, pas toujours justifié. D’ailleurs, on aurait apprécié un développement plus subtil pour accompagner le déroulé des événements. Malgré cela et le manque de profondeur accordé à certains personnages à cause du format en un volume, Black Summer présente plusieurs qualités qui raviront les adeptes de l’auteur.

Tout d’abord, le point de départ qui reste des plus atypiques et qui a pour origine, notre monde réel. Dans Black Summer aussi, le gouvernement américain n’a pas hésité à déclarer la guerre à certaines nations pour des raisons économiques. C’est à cela que l’antagoniste, John Horus, a décidé de mettre fin. La première réaction, certes naïve, est de penser que l’idée de ce super-héros, malgré son caractère simpliste et extrême, est la bonne : couper la tête du serpent et le reste… Mais tout cela n’aura qu’une seule conséquence : la guerre. Celle qui oppose les autorités du pays aux « Armes », ces humains qui, tout comme Horus, ont été augmentés pour défendre les USA et qui sont, désormais, jugés trop dangereux puisqu’à l’image de l’assassin du Président, ils pourraient basculer dans le camp ennemi sur un simple coup de tête.

Critique incisive de la politique américaine

Une chose est sûre : grâce à une narration directe et rapide et à quelques idées fortes, Warren Ellis parvient à son objectif en nous poussant, tout comme pour Supergod, à la réflexion. On en vient à se demander ce que nous aurions fait à la place d’Horus pour guérir les maux de notre monde. Et on découvre bien vite qu’il n’existe pas de solution miracle. Autrement dit, l’auteur, par l’entremise de cette histoire, délivre une critique acerbe sur les décisions prises par les Etats-Unis envers l’Irak au début des années 2000 et exclut la violence, et donc le meurtre, comme solution.

Pour illustrer son propos, le scénariste est accompagné de Juan José Ryp, dessinateur déjà remarqué sur No Hero. Et comme pour le scénario, le constat est modéré : choisir de travailler avec cet artiste était, de prime abord, une très bonne idée. Ses dessins sont beaux et retranscrivent avec panache les idées de l’auteur. Mais si son style fait mouche et convient parfaitement aux moments les plus dramatiques et gores imaginés par Warren Ellis, les scènes d’action sont, elles, très confuses tant elles recèlent de détails. A tel point qu’il devient difficile d’y voir clair lors des scènes de combat, ce qui est problématique étant donné la présence de nombreux passages dédiés à l’action pure et dure.

La colorisation, pour sa part, m’a véritablement charmé : on assiste à un déferlement de couleurs vives qui exploitent parfaitement le style graphique.

En conclusion, Black Summer divisera sur de nombreux points. Si ses dessins, son postulat de base et certains personnages, ainsi que les augmentations de ces derniers, jouent en la faveur de l’ouvrage, la violence surabondante et le manque de profondeur de certains protagonistes dû au format « One Shot » déplairont à une partie du lectorat.

Dès lors, faut-il lire ce comic-book ? La réponse me semble évidente. Warren Ellis est un scénariste qu’il est recommandé de lire. Il fait preuve d’un talent indéniable et l’a déjà mis à contribution dans bien des séries et c’est encore le cas avec cette bande dessinée. Malgré les quelques défauts mis en exergue dans cette chronique, Black Summer est la concrétisation de la vision super-héroïque d’un auteur à part et de ce qu’évoque pour ce dernier la politique américaine. Gore, violente, sans détour, cette vision est différente à bien des égards d’autres récits entrant dans la catégorie « Comics de super-héros ». Et rien que pour ça, Black Summer mérite d’être lu.

Note : 7/10

R.L.

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