The Grocery : une intégrale pour cette superbe critique sociétale

Parfois, on achète un comic-book ou une bande dessinée parce qu’un ami nous l’a recommandé. Parfois, c’est sous l’impulsion d’un libraire passionné qu’on se décide à passer à l’achat. Parfois encore, c’est le nom d’un auteur qui nous fait craquer. Dans le cas présent, ce sont deux autres éléments qui m’ont poussé à acquérir l’intégrale de The Grocery. D’abord, une couverture qui met en avant un graphisme particulier et puis, une petite indication, « Label 619 », qui renvoie à une collection d’Ankama, elle aussi, pour le moins particulière.

Par le passé, j’avais déjà chroniqué un comic-book intégrant ce label, le premier volume de Mutafukaz, qui s’avéra être d’excellente facture pour la petite histoire. Et avant même de lire les premières pages de ce « The Grocery », j’avais l’intuition qu’il me réservait, lui aussi, une surprise. Restait à savoir de quel acabit cette dernière serait.

Une œuvre complète !

Remontons le temps de quelques jours : après avoir succombé au charme de sa couverture, j’ouvre celui qui se fait appeler « L’épicerie » et je constate que je ne m’y suis pas trompé. Le graphisme est bel et bien des plus atypiques pour mon plus grand plaisir. Je découvre alors un monde où chaque personnage semble dessiné de façon bien sommaire. Mais là où certains pourraient y voir une faiblesse artistique se cache en fait un incroyable talent, celui de Singelin (Doggybags). Pour preuve, les décors, les habits ou encore les émotions perceptibles sur les visages des personnages révèlent une adresse remarquable en termes de maniement des crayons. Et associé à un choix de couleurs judicieux, le trait de l’artiste confère une ambiance propre et singulière à cette intégrale.

De l’ambiance, parlons-en. C’est celle de la rue où les gangs sévissent, où des petits commerçants de quartier ne se doutent pas du trafic qui s’organise devant leur porte, où des personnes marginalisées par la société doivent trouver une nouvelle voie pour survivre que celle empruntée par les cols blancs. The Grocery, c’est donc avant tout et surtout une histoire d’ambiance et… de ressenti, car on ne reste pas insensible devant un tel monument de la bande dessinée.

Du drogué au dealer en passant par les banques

Elliott et son père emménagent à Baltimore dans une petite épicerie fine. Là où l’on aurait pu s’attendre à une histoire anodine du type « tranches de vie », on se retrouve face à une critique de la société qui marquera les esprits à coup sûr. L’auteur, Aurélien Ducoudray, journaliste de métier, entrevoit par le biais de cette bande dessinée les multiples couches sociales qui peuvent composer un même quartier et les défaillances sociétales que nos politiques n’arrivent pas à résorber.

A titre d’exemple, on citera le marché de la drogue qui reste une source de richesse pour certains ou encore, le système bancaire qui, déjà responsable de la crise financière, ne cesse de s’en prendre à ceux qui ne peuvent se défendre. Le scénariste nous dresse également un tableau bien sombre du journalisme et de la communication politique en soulignant la manipulation à laquelle ces formes de communication sont régulièrement soumises. L’impunité des meurtres commis en temps de guerre et les exactions des sociétés de sécurité privée ne sont pas non plus épargnées. Et puis, c’est sans compter sur l’organisation du milieu carcéral qui en prend également pour son grade.

Au cœur de ces nombreux thèmes d’actualité, une petite bande, celle en charge de la vente de drogue pour le secteur du « Corner 16 » mais aussi, un militaire de retour d’Irak qui doit faire face à un nouveau combat, celui qui l’oppose à un système bancaire qui lui a tout pris pendant son absence, tentent de survivre aux aléas de la vie. Sans oublier Ellis, un détenu condamné à mort mais qui, inexplicablement, a survécu à la chaise électrique et a fini par être gracié. Avide de pouvoir, ce dernier rentre à Baltimore dans l’unique intention de reprendre ce qui lui revient de droit : le contrôle du marché de la drogue. Quoi qu’il en soit, tout ce petit monde finira par se croiser à un moment ou à un autre pour offrir une histoire forte en rebondissements.

Offrant différents niveaux lectures, The Grocery surprend à bien des égards. L’originalité graphique, les inégalités sociales dénoncées de bien belle manière, les personnages forts ou encore la trame riche en péripéties captivantes n’en sont pas moins que les caractéristiques de cette œuvre majeure qu’il est recommandé de lire sans plus attendre.

Note : 10/10

R.L.

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