Le Journal de Jessie : la survie d’une famille coréenne en temps de guerre

Le Journal d’Anne Frank, Maus… sont des chefs-d’œuvres qui rendent compte de la guerre d’un point de vue familial. Matériaux riches et témoignages du passé, ils permettent aux générations suivantes de mieux cerner l’horreur de la guerre et surtout l’étendue des conditions précaires dans lesquelles sont amenées à vivres les populations concernées.

Le Journal de Jessie ne fait pas exception à la règle et nous propulse dans le quotidien d’une famille coréenne lors du second conflit sino-japonais. Quelques années avant la Seconde Guerre mondiale, Chinois et Japonais s’affrontaient déjà lors de batailles sanglantes. En cause, la politique expansionniste du pays du soleil levant, ce dernier convoitant bon nombre de régions comme la Corée.

C’est pourquoi, Accompagné de sa femme et de leur enfant, le père de Jessie, Yang Wu-Jo, militant actif, rejoignit Shanghaï afin d’y initier la résistance coréenne envers l’oppresseur japonais. De fil en aiguille, ou plutôt, de raids aériens en bombardements, la petite famille coréenne devra sans cesse déménager afin d’assurer sa survie et de rester auprès du gouvernement provisoire coréen.

On voyage donc de ville en ville dans ce roman graphique, le tout grâce au trait de Park Kun-Woong (Fleur). Misant sur une bonne dose d’originalité, l’artiste joue avec l’encre de la première à la dernière page. Pour preuve, lorsque la famille de Jessie devra circuler en car dans des zones peu accommodantes, l’artiste dépeindra des collines qui rappelleront des montagnes russes. Quand les puces envahiront l’une de leurs résidences, elles se transformeront progressivement et graphiquement en d’autres nuisibles : des soldats japonais. Ces idées artistiques parsèment le roman et rendent compte de façon subtile et originale du calvaire du voyage de la petite famille coréenne.

Et puis, il y a le récit en lui-même. Rédigé par les parents de Jessie à l’image d’un journal intime, ce témoignage à quatre mains relate les péripéties d’une famille prise au sein d’un conflit dont elle n’aspire qu’à la fin. Ici, peu nombreux sont les faits historiques qui ont marqué le conflit, il est plutôt question de survie au fil des pages. Et pourtant, Park Kun-Woong est parvenu à glisser quelques éléments historiques et l’une ou l’autre photo d’époque, preuve une nouvelle fois de la richesse du cahier sur lequel il a pu s’appuyer. Et ce n’est pas tout puisque, rappelons-le, le père, Yang Wu-Jo, était un proche du gouvernement provisoire coréen, il n’est dès lors pas rare de voir un grand nom politique coréen rendre visite à la famille dans Le Journal de Jessie.

En d’autres termes, à l’instar de Maus, le roman graphique qu’est Le Journal de Jessie nous livre un fantastique témoignage comme il en existe trop peu sur la vie d’une famille en exil lors d’un conflit historique. Certes quelque peu redondant au début puisqu’il n’est question que de déménagements successifs, l’écrit gagne ensuite en consistance et on ne peut être qu’admiratif devant ce qu’ont accompli les parents de Jessie, Yang Wu-Jo et Choi Seon-hwa, pour la sauvegarde de leur pays et pour la survie de leur famille. Un récit qui, une fois de plus, nous offre un nouveau regard sur l’une des guerres qu’a connu notre planète et que beaucoup devraient lire…

Note : 8/10

R.L.

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