Ragemoor : l’art de Corben au service de la plume de Strnad pour un immanquable

Honoré par le prochain festival d’Angoulème, Richard Corben voit ses comics orner à nouveaux les étagères de bon nombre de librairies pour notre plus grand plaisir. L’occasion de se replonger dans les récits auxquels l’artiste a pris part. Cet auteur et dessinateur underground, dont le style malsain parvient à faire frémir les lecteurs les plus décontractés, s’appuie sur des visages très expressifs et sur un jeu d’ombres que l’on pourrait presque qualifier de maléfique.

Tant de qualités graphiques que l’on retrouve avec joie dans Ragemoor édité chez Délirium et qu’il vous sera possible d’acquérir au prix de 20€.

Pour ce comic-book atypique (ce qui est toujours le cas lorsqu’il est question de R.C.), on retrouve un certain Jan Strnad au scénario. Réputé pour ses nombreuses collaborations avec Corben, ce scénariste n’en est pas à son premier coup d’essai en matière de récits glauques à souhait.

Dans Ragemoor, il nous envoie à… Ragemoor, château ancestral où vivent Herbert et son majordome, Bodrick. Prisonniers, ils ne sont jamais parvenus à fuir les lieux. La faute à l’édifice mû par une force et une volonté surnaturelles. Celui-ci contrôle les événements et s’affirme régulièrement à tel point que les couloirs, les halls, les tours… ne sont plus ceux qu’ils étaient la veille pour peu que Ragemoor en ait décidé ainsi… Et s’aventurer dans les sous-sols de l’endroit pour en découvrir les mystères pourrait être encore plus dangereux tant les créatures qui y vivent sont loin d’être affectueuses.

Intrigant et mystérieux, Ragemoor se lit vite. Les dialogues vont droit au but et ne s’entichent pas de fioritures. Pourtant, de par les dessins et les conversations auxquelles se livrent les protagonistes, les deux artistes nous plongent aisément dans une histoire malsaine qui présente quelques rebondissements bien sentis. Entre la découverte de créatures originales (des insectes servant de serviteurs par exemple) et l’origine secrète du château, il y a fort à parier que le lecteur que vous êtes ne s’ennuiera jamais pour peu que vous appréciez ce genre de récits horrifiques.

Et puis, comme nous l’avons déjà clamé quelques lignes plus haut, Corben est un génie comme il en existe peu en matière de dessins. Il réussit non seulement à, encore une fois, miser sur son style si original et particulier mais, en plus, à instaurer en quelques cases seulement, une atmosphère morbide. En effet, dans Ragemoor, certains vont périr… Mais nul besoin de surabondance de gore pour le maître du 9ème art qu’est Corben lorsqu’il s’agit d’effrayer son lecteur ! Un visage écarquillé, l’apparition d’une créature ou la simple vision d’un être surnaturel au détour d’un corridor suffit à obtenir le résultat escompté ! D’ailleurs, beaucoup y verront des similitudes avec ce qu’avait l’habitude de nous proposer un autre génie en la matière : H.P. Lovecraft. Que ce soit Strnad ou Corben, les deux hommes ont réussi à prendre le meilleur de l’auteur du Mythe de Cthulhu et à l’assimiler pour créer une histoire comme on en lit trop peu.

Le comic-book Ragemoor est donc de ceux qui démontrent pourquoi Corben est le « Grand Prix 2019 du festival d’Angoulème ». Derrière cette histoire de château vivant qui tue sans aucune forme de procès se cachent deux fabuleux artistes. Corben au dessin et Strnad au scénario forment l’un de ces duos pour lesquels on en voudrait toujours plus. A lire ! Et à relire !

Note : 9/10

R.L.

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