Bitter Root – Affaire Familiale : plongée survitaminée dans le Harlem des possédés

« Lui, ce n’était qu’un démon se faisant passer pour un homme. » Harlem a connu bien des déboires, mais dans Bitter Root, le quartier va connaître des heures encore plus sombres. Pas d’inquiétude, la famille Sangerye veille ! Elle tente de défendre les habitants contre les Jinoos, ces humains que la haine a transformé en monstres sanguinaires. Et quelle terre aussi chargée de haine, si ce n’est le Harlem des années 20, aurait pu accueillir autant de vagues d’âmes infectées?

Dès les premières pages, le graphisme nous emmène pour goûter à l’atmosphère qui règne dans la ville. Les noirs s’entraident, sont solidaires, parfois aidés de certains blancs charitables, pendant que le racisme gangrène toujours la cité. Entre les dessins de Sanford Greene — et son trait à la fois rugueux et détaillé—, et les couleurs de Rico Renzi (toujours accompagné de Greene), l’action dépote, les rues sont malfamées, l’obscurité vous avale, les policiers vous soutiennent selon votre couleur de peau… Bref, Harlem dans toute sa splendeur!

Quant à la colorisation, elle n’est pas en reste, tant elle varie avec brio en fonction des passages. Et, ô mon dieu, que les événements s’enchainent! Cela grâce à un scénario qui file à 100 à l’heure! Veillez à libérer votre soirée car, avec Bitter Root, il est peu probable que vous arriviez à vous arrêter avant la fin de la lecture de ce premier volume. Des meurtres dans un parc par un énigmatique animal à la découverte des membres la famille Sangerye en passant par la rencontre avec un démon, pas le temps de niaiser!

« Affaire Familiale » va vite, très vite même ! Pourtant, force est de constater que cela ne se fait pas au détriment de la famille Sangerye puisque celle-ci nous révèle déjà des pans de son histoire, et des personnalités qui la composent, grâce aux esprits créatifs de Chuck Brown (Punisher, Black Panther) et de David F. Walker (Deadpool, Avengers). Evidemment, il faudra probablement nuancer quelque peu tout ça dans le prochain volume afin de ne pas sombrer dans le « trop, c’est trop! » à la vue de nouvelles confrontations entre les héros et les Jinoos.

Et puis, comment ne pas évoquer les différents niveaux de lecture ? Entre les scènes évocatrices (lynchage d’un noir par le KKK) et des propos plus subtiles qui constituent le coeur du récit, les questions (et la réflexion qui les accompagne) fusent. Les Jinoos représentent les humains haineux, ceux dont le coeur est noirci par le racisme, qui n’hésitent pas à commettre les pires atrocités parce que l’autre, c’est le mal. Peut-on les guérir? Doit-on les réduire à néant? Ces interrogations, les protagonistes se les poseront sans vraiment y trouver de réponse… D’ailleurs, le manichéisme est absent de ce récit puisque les antagonistes se trouvent autant du côté des blancs que de celui des noirs. Le mal est partout, tout comme le bien.

Et comme si cela ne suffisait pas, Hi Comics nous gâte avec un contenu additionnel riche et appréciable (couvertures supplémentaires, essais littéraires et croquis). Un régal!

Pour l’heure, ce premier Bitter Root est donc une franche réussite. Et ce quelle que soit votre envie du moment. Découvrir un condensé d’action? Check. Lire une histoire subtile mêlant différents niveaux de compréhension des événements? Check. Rencontrer des personnages badass dans un environnement graphiquement soigné? Check. En bref, dessins, couleurs et scénario ne font qu’un et vous happent dans une chasse aux démons en plein Harlem d’où on ressort avec une seule et unique envie : découvrir le deuxième volume!

Note : 9/10

R.L.

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