Wonder Woman – Année Un : Voyage au pays de la redite

Il est indéniable que Wonder Woman est l’un de ces personnages qui présente une aura des plus particulières. Portée par une communauté de fans importante, l’héroïne -tout comme ses lecteurs- mérite un traitement à la hauteur de sa prestance, c’est pourquoi on la confia à deux célèbres noms pour ce relaunch mis-en-place dans le cadre de l’ère Rebirth : Nicola Scott et Greg Rucka. La première est une artiste qui ne cesse de gravir les échelons de la notoriété tant ses dessins ont l’art de magnifier une scène quelle qu’elle soit. Le second, quant à lui, est considéré par beaucoup comme l’un des plus talentueux scénaristes de notre époque, son curriculum vitae en témoignera d’ailleurs bien mieux que cet article.

L’exercice n’en restait pas moins délicat pour ces deux grands artistes. En effet, reprendre le personnage en mains après le run passionnant de Brian Azzarello pour les New 52 n’était pas donné à tout le monde, bien au contraire.

Dans cette nouvelle aventure, on découvre, une fois encore, le splendide travail de N. Scott qui offre à Diana des planches à la hauteur de ses pouvoirs de guerrière. Les péripéties profitent d’un trait dynamique et certaines pleines pages éblouiront aisément les fans de la princesse amazone. Autant dire que le premier contact visuel à l’approche dudit arc est positif.

En s’appuyant sur le graphisme soigné de Scott, Rucka nous conte le crash de Steve Trevor, membre de l’A.R.G.U.S., et la réaction des femmes de Themyscira devant cet événement inopiné. Inopiné car personne ne devrait être capable de voir et encore moins de franchir la barrière magique qui cache l’île des Amazones, cette étrange peuplade composée exclusivement de femmes à la force surhumaine. Ce qui n’empêchera pas ces dernières d’aider le soldat blessé. Pour beaucoup d’ailleurs, il s’agit d’un signe des dieux ou plutôt, d’un message : Arès, divinité de la guerre, est de retour et il est du devoir des Amazones de l’empêcher de sévir. C’est pourquoi la princesse Diana rejoindra le monde des hommes pour combattre la menace.

Ces événements vous paraissent familiers ? A raison ! En effet, les lecteurs avertis comprendront rapidemment que Rucka se contente de reprendre les mêmes ficelles que la plupart de ses prédécesseurs… Autrement dit, les débuts de ce « Wonder Woman : Année Un » font l’impasse sur toute idée novatrice ou presque.

Et ce n’est pas tout puisque quelques péripéties trop niaises ou naïves, c’est selon, auront le mauvais goût de désimmerger les lecteurs du récit. Parmi les moments anecdotiques que l’on se permettra de révéler, sachez qu’à son arrivée dans le grand monde, Diana sera envoyée en prison par pure mesure de précaution. Jusque là, ça tient la route : on s’imagine mal le gouvernement américain actuel laisser circuler librement une guerrière inconnue de tous, capable de voler et dotée d’une force surhumaine sur le territoire américain. C’est quand elle brisera ses bareaux avec une facilité déconcertante que cela perdra de son sens… Imaginez la situation suivante : vous êtes américain et membre d’un corps d’armée qui a ordonné l’emprisonnement de l’Amazone tant que rien ne permette d’affirmer qu’elle ne constitue pas une menace pour la population et le pouvoir en place. Subitement, elle se défait de ses bareaux à la seule force de ses bras et… vous vous contentez de lui accorder le droit de sortir de l’enceinte de la prison qui la retenait… Une réaction à des années-lumières de celles qu’auraient les Etats-Unis d’aujourd’hui… Ajoutez à cela le début de romance naissant entre Trevor et Diana qui s’appuie sur des jeux de regards bien trop niais et des dialogues ne lui rendant pas hommage… pour obtenir des moments de lecture peu crédibles, et ce même pour une histoire de Wonder Woman !

Malgré ces lacunes, cette « Année Un » comporte sa part de subtilités et de bonnes idées. On notera, par exemple, les grands méchants de ce volume, des jumeaux diaboliques très retors et capables de fomenter des plans machiavéliques. Ajoutez-y une politicienne contrainte de les aider afin que sa fille ne devienne pas une victime collatérale et vous obtenez une trame qui finit par trouver son envol après une introduction classique. D’autres personnages secondaires sont d’ailleurs de la partie à l’instar de Cheetah et restent suffisamment travaillés pour que l’on s’intéresse à eux. Ils s’empareront même de l’attention des lecteurs que nous sommes, lors de certains passages, au détriment de Diana elle-même. A croire que Greg Rucka, à l’image d’un moteur diesel, a pris son temps avant d’enclencher la deuxième. Mieux vaut tard que jamais…

En conclusion, ce Wonder Woman de l’ère Rebirth délivre quelques petites surprises à ses lecteurs mais pour en profiter, il faudra passer par les chapitres d’introduction. Ces derniers nous présentant, une fois encore, les débuts de Diana de façon très classique. Pourtant, passé cette introduction vue et revue de l’histoire de l’Amazone, le récit finit par décoller en s’appuyant sur des personnages secondaires savamment mis en lumière et pour qui il nous tarde d’en apprendre plus.

Note : 6/10

R.L.

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