Coraline : Alice au Pays des Merveilles façon Neil Gaiman

Parmi les techniques d’animation, il y a celle dont s’est fait maître le studio Laïka : le stop motion, soit le fait de déplacer des figurines, des mannequins, des poupées… petit à petit devant la caméra afin de donner une impression de mouvement. Une méthode d’animation qui ne fait pas l’unanimité (elle tend à disparaître) puisque la moindre erreur demande des heures de travail supplémentaires. Pourtant, avec leur première production, Coraline, le petit studio de l’Oregon a démontré que la patience et le dur labeur étaient deux notions bien ancrées dans leur ADN. C’est ainsi que d’autres films, comme Paranorman ou encore Boxtrolls, ont suivi la même trajectoire. Mais revenons-en à Coraline, métrage d’Henry Selick, réalisateur de L’Etrange Noël de Monsieur Jack, qui a remis sur le devant de la scène l’œuvre originale, un roman de Neil Gaiman (Sandman, Le Premier Meutre…).

Roman, film et comics, quel que soit le médium choisi, l’histoire de Coraline est bluffante par bien des aspects. Explications.

C’est à l’artiste P. Craig Russell qu’est revenue la charge de transposer le roman Coraline imaginé par le célèbre auteur britannique en comic-book. Le dessinateur n’en est d’ailleurs pas à son premier fait d’armes : en attestent son travail sur Sandman ou encore l’adaptation en roman graphique du Premier Meurtre, dont le récit original est également à mettre au crédit de Neil Gaiman.

Dans un style bien à lui, un peu froid, certes, mais qui colle assez justement à l’ambiance qu’il tente de recréer, le dessinateur nous emmène dans un conte très adulte pour lequel les fans remarqueront sans conteste des différences avec le film qui s’était autorisé quelques libertés. Quoi qu’il en soit, on retrouve toujours cette jeune fille, Coraline, qui emménage avec ses parents dans une villa scindée en appartements dans lesquels vivent sa famille et d’autres locataires présentant tous leur part d’originalité. Et ce n’est pas l’homme qui prétend dresser des souris qui nous démentira !

Mais entre une maman qui ne pense qu’à la rentrée des classes au détriment de l’épanouissement de sa fille et un père monopolisé par son travail, Coraline s’ennuie… jusqu’au jour où elle tombe sur une porte. Cette bien étrange porte conduira la jeune fille dans un monde parallèle où les habitants portent tous des boutons de chemise à la place des yeux. Loufoque, délirant, surprenant et glauque… Cette nouvelle dimension originale accueille la jeune fille avec tout ce qu’il faut pour la séduire : des jouets par dizaines, des animaux qui parlent et des adultes qui passent leur temps à s’occuper d’elle. Bref, le rêve pour celle qui passait ses journées à se morfondre. Néanmoins, si l’héroïne veut pouvoir profiter de ce monde encore et encore, elle devra sacrifier ses yeux aux profit de boutons…

On ne le répétera jamais assez : Gaiman est un génie et c’est peu de le dire tant il parvient à créer avec une facilité déconcertante des histoires captivantes et innovantes. Ici encore, quelques pages seulement suffiront pour immerger le lecteur dans l’univers inspiré d’Alice aux Pays des Merveilles qui lui est présenté. Mais, si Coraline est lié d’une certaine façon à l’histoire de Lewis Caroll, le récit de Gaiman s’en démarque tout de même avec une ambiance bien à lui et des personnages plus trompeurs que ceux de Caroll au sens où, ici, il est difficile de savoir si, hormis la jeune fille, il existe d’autres protagonistes au bon cœur. Chacun présentant une part sombre qui ne se dévoilera qu’au moment propice afin de contribuer à l’ambiance malsaine du comic-book.

Côté dessin, P.Craig Russel est fidèle à lui-même. Il dépeint l’histoire avec beaucoup de talent en s’appuyant sur un trait qui profite aux ombrages pour créer, avec la palette de couleurs appropriée, une atmosphère propre et proche de celle du médium originel.

L’œuvre Coraline est une réussite en roman, elle l’est également en film d’animation et elle l’est à nouveau dans sa version comic-book. En s’appropriant le fabuleux récit de Neil Gaiman, P. Craig Russel réussit encore une fois à transposer une histoire d’un média à un autre comme il sait si bien le faire. Ce roman graphique est donc une très bonne opportunité de rencontrer Coraline et de découvrir son univers terriblement original.

Note : 8/10

R.L.

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