Negalyod : un univers futuriste et archaïque dessiné façon Mœbius

Si c’était un vin, on en dirait qu’il est arrivé à maturité ; si c’était un artiste, qu’il est à l’apogée de son art ; et en tant que bande dessinée, on dira de Negalyod qu’elle mérite qu’on y plonge la tête la première sans plus attendre.

Dans Negalyod, l’auteur, Vincent Perriot (Clafoutis, Belleville story, Paci, Taïga Rouge) a imaginé un univers qui relève à la fois de l’heroic fantasy, pour ses étendues désertiques où des bergers s’occupent de dinosaures en lieu et place des habituels moutons, et de science-fiction, pour ses cités-Etats qui profitent d’une technologie avancée. Autant être direct, l’univers de Negalyod attise la curiosité au premier regard grâce aux nombreuses sources d’inspiration qui ont servi l’artiste : de l’art africain à l’art océanien en passant par d’autres récits de science-fiction, tout ceci confère un cachet indéniable à cette bande dessinée.

Cependant, ce n’est pas la première chose qui surprendra le lecteur lors de sa lecture. Car, si Vincent Perriot présente déjà une solide bibliographie, il a opté, dans le cas présent, pour une approche artistique complètement différente de ce à quoi il avait habitué son public. La surprise et la curiosité gagneront ainsi rapidement le lecteur à tel point qu’il pourra s’interroger sur ce qu’il a sous les yeux : Jean Giraud, alias Gir/Mœbius, serait-il passé par là ? Impossible !

Et pourtant, lorsque l’on ouvre Negalyod, l’interrogation demeure. Celle-ci prend sa source dans l’encrage proche de celui de Mœbius choisi par Perriot et dans la contribution de la coloriste Florence Breton, collaboratrice de Gir à l’époque. A mille lieux d’un quelconque plagiat, le travail réalisé par le duo Perriot-Breton est plutôt à mettre sur le compte de l’hommage. D’ailleurs, l’auteur l’explique si bien lui-même : « Je n’ai aucune prétention à atteindre le niveau de Mœbius, c’est impossible. C’est ça qui est grisant, c’est impossible. Mais je peux prendre le chemin et essayer de monter la première marche. » Cette honnêteté intellectuelle associée à un talent inouï ravira, à coup sûr, ses nombreux fans.

Ces derniers rencontreront, dans Negalyod, Jarri, un berger dont le troupeau est composé de Tricératops qu’il doit conduire et vendre au marché. Une routine qui occupe l’essentiel du temps du jeune homme jusqu’à ce fameux jour où le passage d’un camion météo – technologie futuriste permettant de provoquer les éléments comme la foudre – décimera toutes ses bêtes. Sans une once d’hésitation, Jarri prendra la direction de la cité où vivent les dirigeants de son monde dans l’unique but de se venger. A partir de ce postulat quelque peu simpliste, le scénariste évoque, de façon subtile, des thématiques sociétales actuelles comme les questions du climat, de la disparition de certaines espèces animales ou encore, de l’écologie au sens large. Et quel plaisir de découvrir ces messages cachés au travers d’impressionnantes planches fourmillant de détails et d’autres composées de « simples » à-plats de couleurs. Un procédé graphique qui fonctionne à merveille puisqu’il offre à l’œil un peu de repos, via une page plus sobre, pour avoir contemplé les nombreux éléments dessinés sur une autre page bien plus riche.

Et bien que le dessin soit une composante essentielle de cette bande dessinée, la qualité du scénario est également à souligner. Ainsi, si le récit s’appuie sur des influences que tout oppose – l’art africain et des travaux SF notamment – , jamais il ne perd en cohérence. Vincent Perriot a créé un monde dont il connaît les rouages et pour lequel chacun d’entre eux s’imbrique dans les autres avec soin. Dès lors, notre déconvenue, certes mineure, face à une fin trop abrupte sera d’autant plus regrettable.

Néanmoins, même si on aurait pu espérer quelques pages de plus en guise d’épilogue, on ne boudera pas notre plaisir devant une œuvre dont le dessin, les couleurs et l’intelligence d’écriture nous feront passer le plus agréable des moments.

Negalyod présente donc de solides arguments de vente et il sera très compliqué d’y résister. Sous couvert d’un scénario attrayant qui voit un jeune homme partir en quête de vengeance dans un monde coloré constitué de dinosaures, d’étendues désertiques et de cités futuristes, Vincent Perriot s’interroge sur des thèmes d’actualité forts et liés, pour la plupart, aux ressources de la planète. Et comme si cela ne suffisait pas, tant par la colorisation que par l’encrage, le lecteur pourra admirer un graphisme rendant hommage à un monstre de la BD nommé Jean Giraud, alias Mœbius.

Note : 8/10

R.L.

 

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