Prendre refuge : un roman graphique poignant où l’amour est omniprésent

Prendre refuge, soit une cérémonie qui constitue l’entrée solennelle dans la communauté de ceux qui suivent les enseignements de Bouddha.

Un sens unique ? Pas tout à fait. Et certainement pas dans le roman graphique Prendre refuge édité par Casterman où certains personnages prendront refuge dans les bras de l’être aimé quand d’autres prendront refuge dans une contrée où règne la paix. Ces quelques mots rythment cette nouvelle bande dessinée de Zeina Abirached et de Mathias Enard. La première n’est pas une inconnue du grand public qui a déjà pu lire Le Piano oriental ou encore [Beyrouth] Catharsis pour ne citer que ces deux titres. Le second, écrivain, n’en est pas à son coup d’essai non plus en matière de roman graphique. En témoigne Tout sera oublié édité en 2014 chez Actes Sud.

Un style graphique inhabituel

C’est évidemment la première chose qui frappe lors de la lecture d’un roman graphique dessiné par Zeina Abirached. D’aucuns le compareront à celui de Marjane Satrapi (Persepolis), force est de constater que le dessin de Zeina Abirached mise sur les mêmes ficelles : le noir et blanc, des traits parallèles, des formes géométriques et la mise en place d’une ambiance graphique originale.

Certains le trouveront froid, sans saveur. Sans doute appuieront-ils leurs arguments sur le manque d’expressivité des visages des différents protagonistes. Et si l’on ne peut pas vraiment leur donner tort, Prendre refuge présente tout de même bien des qualités. Et le graphisme en fait bel et bien partie.

Dans Prendre refuge, deux histoires d’amour se dessinent. La première voit Karsten, un Berlinois, rencontrer Nayla, une réfugiée syrienne. La langue, les différences culturelles, les centres d’intérêt… Autant de paramètres qui seront tantôt des barrières, tantôt des prétextes à leur idylle. Passionné par l’Orient, Karsten voit en Nayla ce qu’il a toujours désiré et se met en tête de lui apprendre la langue allemande. Une tâche qui les rapprochera sans pour autant que Nayla en oublie sa culture et son pays.

Autre époque, autre contexte. A l’aube de la Seconde Guerre mondiale, deux exploratrices vont, elles aussi, laisser parler leurs émotions. Devant les bouddhas géants de Bâmiyan, elles vivront des moments précieux où l’amour sera, ici aussi, omniprésent.

Ces deux histoires à la voix off inexistante et où les pages sont souvent avares en paroles ont le même moteur : le dessin. Celui de Zeina Abirached, que l’on apprécie ou pas, offre une multitude de possibilités. Et l’artiste n’hésite pas à en explorer dans Prendre refuge. D’un côté, les formes géométriques qui forment deux visages s’assemblent et se mêlent aux mots d’un poème arabe pour représenter une séquence empreinte d’amour. De l’autre, ce sont les constellations d’étoiles et les édifices afghans qui démontrent encore une fois la force de l’originalité graphique dont la dessinatrice s’est fait maître.

Ces longs passages pourront sembler trop légers. Légers en mots, légers en contextualisation. Mais c’est aussi ça l’amour : de la légèreté.

Le trait est donc, non seulement, le principal fil conducteur qui unit les deux histoires d’amour du roman graphique Prendre refuge, mais aussi le ciment sur lequel elles prennent naissance. Le déracinement, la difficulté d’aimer, l’appartenance à un pays… les thèmes explorés au travers du livre sont multiples et profitent d’un graphisme à part pour former une œuvre qui devrait faire parler d’elle durant les mois à venir et plus encore.

Prendre refuge ne plaira pas à tous. C’est une évidence. A l’instar de bon nombre de romans graphiques, le dessin y est différent et personnel. Géométrique et froid pour les uns, original et novateur pour les autres. Quoi qu’il en soit, il est ici à la base d’un roman d’amour. Un roman où il faut prendre le temps de lire mais surtout de regarder pour comprendre ce qui peut unir deux êtres dans des contextes particuliers. Ce qui en ressort est sans conteste la chose suivante : les deux auteurs, Zeina Abirached et Mathias Enard, maîtrisent l’art de poser un silence, d’installer une scène où un simple regard devient lourd de sens… l’art de raconter tout simplement.

Note : 7/10

R.L.

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