Daredevil (Bendis & Maleev) : un excellent run au service du héros !

Daredevil fait partie, depuis plusieurs années, de ces super-héros qui ont la cote, notamment grâce à la série produite par Netflix qui a permis d’accroître la popularité du personnage sans pour autant égaler celles des Spiderman, Iron Man et autres Captain America.

Et si, côté comics, l’alter ego de Matt Murdock doit une importante partie de sa renommée à Frank Miller (Batman : Année Un, The Dark Knight Returns, 300…), il peut également remercier Bendis et Maleev pour lui avoir offert un run majestueux le mettant parfaitement en valeur.

Bendis, l’art de l’introspection

Brian Michael Bendis est sans conteste l’un des grands auteurs comics de notre génération. Pourtant, ce scénariste est loin de faire l’unanimité. En proie à une irrégularité qualitative chronique, Bendis présente aussi la fâcheuse tendance à rendre ses personnages trop bavards et à se perdre dans des concepts alambiqués. Ceci parce qu’il aime l’introspection. A de nombreuses reprises, ses protagonistes s’interrogent et discutent longuement et intérieurement avec eux-mêmes. Narré habilement, le procédé se délecte avec joie. Dans le cas contraire, le résultat devient confus, lent et ennuyeux.

Pour la série Daredevil, qui débute avec « Le Scoop », l’auteur ne fait pas exception à la règle et place son héros au cœur d’une réflexion personnelle : quel comportement adopter lorsque son identité secrète est révélée ? La presse campe devant chez Matt en espérant obtenir la confirmation de l’information par le principal intéressé pendant que les ennemis de l’homme sans peur tentent de profiter de la situation.

Le célèbre avocat aveugle de Hell’s Kitchen devra alors composer avec ses relations de travail, ses amis, ses proches… pour les protéger du tourbillon médiatique et criminel qui frappe à sa porte.

Pourtant, le doute persiste : l’auteur parviendra-t-il à rendre son pitch intéressant ou s’embourbera-t-il encore une fois dans des dialogues interminables et peu inspirés?

Aucune de ces deux propositions ne peut décemment qualifier la série imaginée par Bendis. Tout d’abord parce que nous sommes à mille lieux d’une histoire aux dialogues peu inspirés et, ensuite, parce qu’utiliser le mot « intéressant » pour définir cette série serait un outrage à l’œuvre tant elle mérite les plus beaux superlatifs.

La parfaite maîtrise du propos

Brian Michael Bendis réussit à immerger le lecteur dans une histoire qui peut servir de porte d’entrée aux nouveaux lecteurs et qui, dans un même temps, offre également de quoi satisfaire les fans de la première heure du diable de Hell’s Kitchen. En effet, s’il s’agit de votre première série dédiée à Daredevil, il est tout juste nécessaire de savoir que Daredevil est un super-héros aveugle mais dont tous les autres sens sont ultra-développés.

Disponible en quatre tomes en version Select chez Panini Comics, cette série présente de nombreux atouts à commencer par les obstacles que dresse Bendis sur la route du héros. Concrètement, outre la révélation de son identité secrète, Matt Murdock devra affronter des ennemis de longue date comme le Caïd ou encore Bullseye, se battre pour la liberté du Tigre Blanc, un super-héros accusé à tort et pris dans la tourmente au sein de ce qui prendra le nom de « procès du siècle », et surtout, gérer une situation qui le dépasse, son mal-être psychologique suite aux tristes événements qui composent sa vie.

Le tout est savamment mis en place, à tel point, que l’on peut se demander si le Bendis à qui l’on doit plusieurs séries (très) moyennes est le même qui a remis au goût du jour l’homme sans peur en le confrontant à bien des situations épineuses et ô combien captivantes. L’introspection si chère au scénariste sonne ici juste à chaque page, à chaque case, à chaque mot. C’est à croire que le personnage a été créé sur mesure pour Bendis tant ce dernier réussit à cerner avec brio la personnalité de Murdock et à pleinement l’exploiter.

Maleev, meilleur choix artistique ? 

Aux dessins, c’est Alex Maleev (New-Avengers, Spider-Woman, Moon Knight) que l’on (re)découvre. Son style photo-réaliste très sombre fait des merveilles et retranscrit fidèlement les idées de son partenaire, Brian Michael Bendis.

Dans les faits, Hell’s Kitchen est une ville sombre, parfois glauque, parfois cruelle. Et c’est ce que nous offre à voir Alex Maleev. Ce dernier a, lui aussi, parfaitement saisi l’essence du personnage et de son environnement. Les ennemis, lors de meurtres sanglants, présentent des expressions bestiales sur leur visage, les combats sont violents et dynamiques et, pour couronner le tout, voir Daredevil déambuler dans les rues de sa ville est un réel plaisir. L’atmosphère qui enveloppe la trame narrative est un exemple en la matière et avale le lecteur dans une ville où même l’espoir semble peiner, à plusieurs reprises, à se frayer un chemin.

Face à un tel constat, on ne peut que regretter les quelques changements de dessinateurs en cours de route. Qui plus est, si changer d’artiste d’un épisode à l’autre est habituel dans les comics, il est plus désagréable, voire perturbant, de procéder à un tel changement en cours d’épisode. C’est pourtant, et malheureusement, ce à quoi on assiste lors de cette série. Par chance, Maleev est tout de même aux crayons sur plus de 90% du run.

A n’en pas douter, la série Daredevil de Bendis et Maleev doit donc être considérée comme un must-have pour tous les fans du genre super-héroïque. Et pas que, puisque les autres lecteurs y trouveront des problématiques fortes qui font la part belle à la réflexion et à la psychologie. La richesse et l’originalité des situations auxquelles est confronté le héros ainsi que le graphisme qui sied parfaitement au personnage et à Hell’s Kitchen constituent sans conteste le terreau de cette fabuleuse série à mettre entre toutes les mains.

Note : 9/10

R.L.

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