L’une des meilleures portes d’entrée dans l’univers de Batman là où on ne s’y attendait pas

Les films, quelle que soit leur qualité intrinsèque, ont le mérite de contribuer au marché des comics. Le secteur francophone n’est pas en reste puisqu’en quelques années, on a vu de nombreux nouveaux titres étoffer les rayons de nos libraires. Tous les lecteurs actuels ne se sont pas décidés après un passage dans une salle obscure mais, quoi qu’il en soit, l’engouement est bel et bien perceptible pour ce genre littéraire.

Et l’une des figures héroïques adulées par le lectorat n’est autre que Batman. Personnage de l’univers DC, il est au centre de nombreux récits traduits en français. Dès lors, il est logique que les néophytes se demandent par quelle série commencer.

Et pour cette première chronique/ce premier billet d’humeur, j’ai choisi de ne pas aller dans le sens de nombreux sites et de ne pas recommander les traditionnels : Batman : Year One, Batman : La Cour des Hiboux, Batman Rebirth ou d’autres récits de type « what if »/Terre parallèle.

Abrégeons le suspense : à mon sens, l’une des meilleures portes d’entrée se cache sous le nom de… (roulement de tambour) Grant Morrison présente Batman !

Explications.

Pourquoi est-ce mieux que Year One ? 

year one

Les adeptes purs et durs de l’homme chauve-souris enverront probablement le nouveau lecteur lire Year One. Si j’ai adoré ce récit majeur, il ne constitue pas, selon moi, la meilleure porte d’entrée possible sur le personnage.

J’estime que l’ouvrage est loin d’être représentatif des aventures du héros. Prenons l’exemple du graphisme qui, même s’il peut être qualifié de magnifique, reste très particulier. A tel point que lire par la suite d’autres récits plus modernes dessinés par des artistes différents pourrait fortement gêner un lecteur tombé amoureux de l’oeuvre de Mazzucchelli.

De plus, dans Year One, la narration est, elle aussi, à part. Dans les faits, c’est principalement au travers des yeux de Jim Gordon que nous suivons les débuts de Bruce Wayne sous les traits de son alter ego. Ce qui pourrait déstabiliser plus d’un fan.

Enfin, s’il est vrai que l’on y retrouve les véritables origines du héros, celles-ci sont, d’ordre générale, connues des fans et cela vaut pour les nouveaux lecteurs qui ont appris à connaître le personnage grâce aux dessins animés des années 90, aux films de Nolan ou encore par l’intermédiaire d’un ami. Autrement dit, le nouveau lecteur pourrait trouver redondant d’apprendre, encore une fois, quels sont les événements qui ont conduit Bruce Wayne à passer du statut d’orphelin apeuré à celui d’homme bodybuildé portant des collants foncés.

Pourquoi est-ce mieux que la série New 52 ? 

new52

Autre option, se diriger vers la collection Renaissance d’Urban Comics, soit les New 52. Dans la saga dédiée à Batman et que l’on doit à Scott Snyder et Greg Capullo, on trouve deux portes d’entrée, à savoir La Cour des Hiboux et, dans une certaine mesure, Year Zero.

Pour la première, sachez qu’il s’agit tout de même d’une bonne histoire. Les ficelles qui ont hissé le super-héros au rang de superstar sont habilement exploitées par Snyder : que ce soit l’investigation ou l’action, l’équilibre est respecté. De son côté, Greg Capullo réalise un travail fabuleux aux dessins et nous offre de superbes illustrations.

Seulement, dès le deuxième volume, cette série s’essouffle. Et le léger regain de forme constaté par l’entremise du troisième tome « Le deuil de la famille » ne fera pas illusion. L’originalité manque, les intrigues semblent bâclées et la série se termine sur un changement de direction important concernant la mythologie du personnage, changement qui a déplu et devrait encore déplaire à de nombreux fans. En résumé, nous avons droit à une narration à bout de souffle qui mise sur des péripéties sans saveurs et loin d’être épiques.

Passons à Year Zero. Si cet arc est, comme l’explique son scénariste Scott Snyder, dans l’ère du temps comme l’était Year One à son époque, elle manque tout de même de panache. Explosions, courses-poursuites, scènes d’action à gogo… emplissent les pages des deux tomes qui composent cette histoire. A la recherche d’un blockbuster accessible ? Cette aventure est taillée sur mesure pour vous plaire ! A la recherche d’une oeuvre fine, intelligente et originale, passez votre chemin. Le verdict est sans appel : la lecture est sympathique mais elle ne marquera pas les mémoires et vous obtiendrez une idée biaisée des aventures littéraires du chevalier noir.

Par contre, je ne m’étendrai pas sur Rebirth. Ne lisant pas de VO, le nombre de parutions déjà disponibles est encore trop réduit à l’heure où j’écris cet article pour me permettre de juger cette porte d’entrée.

Pourquoi choisir Grant Morrison présente Batman ? 

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Tout d’abord, on en apprend beaucoup sur ce qui a permis à Bruce Wayne de vaincre ses démons intérieurs afin de ne pas craquer psychologiquement face aux horreurs qu’il a pu vivre et observer. Mais ce qui fait véritablement la force de cette série, ce sont les liens qu’elle établit avec toute la mythologie de Batman depuis l’année de sa création. En fait, Morrison est parti du principe que toutes les histoires de Batman un peu « folles » qui ont été écrites il y a des dizaines d’années (comme celles des années 50 où notre héros se retrouve tantôt dans une autre dimension tantôt confronté à une machine temporelle) font partie d’un dossier noir où Bruce Wayne rédige les souvenirs qu’il a de ses rêves et autres hallucinations. Un moyen facile mais efficace de réintégrer ces récits burlesques dans l’historique du personnage en les faisant passer pour des conséquences psychologiques de la vie difficile que mène le justicier.

A cela, Morrison réussit aussi l’exploit d’actualiser d’anciens concepts comme celui de « Bat-Mite » pour n’en citer qu’un. Bat-Mite, c’est un extraterrestre sorti de la quatrième dimension qui tient à aider Batman lors de ses aventures. Malheureusement, sa coopération engendre plus de catastrophes qu’autre chose. L’auteur britannique se réapproprie donc le personnage pour son récit, et ce de façon subtile et moderne. Ici, le maladroit ne l’est plus et le scénariste justifie sa présence avec brio.

Ensuite, c’est un tout autre protagoniste qui occupe les premiers rôles dans « Grant Morrison présente Batman » : Damian. Il est, en quelque sorte, le fil conducteur qui unit chaque volume. Fils de Bruce Wayne et de Talia Al Ghul, Damian est un assassin surentraîné qui sera formé par son père avant que Dick Grayson ne le prenne sous son aile. Le personnage présente une personnalité profonde, un caractère unique et des techniques de combat originales puisque ces dernières sont plus l’apanage d’un criminel que d’un justicier. La paradoxe est ingénieusement mis en scène et il devient parfaitement compréhensible que Damian soit devenu la coqueluche de bon nombre de lecteurs.

Comme vous l’aurez compris, il n’y en a pas que pour Batman dans cette série. Et ce n’est rien de le dire puisqu’on assiste aux combats que mènent différents membres de la bat-family contre un panel varié d’ennemis : Mister Pig, le clan Al Ghul, le Gant Noir et bien d’autres. Au fil de ces confrontations, le lecteur se voit alors immergé dans une série dont la majorité des épisodes varient entre le « très bon » et le « captivant ».

En résumé, le nouveau lecteur découvrira une foule d’ennemis connus et moins connus, différents membres de la bat-family, un récit riche puisque composé de nombreux épisodes et surtout, une originalité qui fait cruellement défaut aujourd’hui à plusieurs arcs dédiés au chevalier noir. Sans oublier la cerise sur le gâteau : la compilation de 70 années de vie en seulement 8 tomes grâce à des clins d’œils et autres procédés littéraires.

Et pour ceux qui mettraient en avant le trop grand nombre d’informations à ingérer et le fait que plusieurs personnages ne soient pas introduits dans cet arc, rappelons qu’Urban a réalisé un travail de qualité au début de chaque volume et que l’absence de présentation de certains protagonistes ne constitue pas un obstacle insurmontable en ce qui concerne la bonne compréhension de la série.

Pour conclure… 

Coup de cœur et réelle surprise, la série Grant Morrison présente Batman a bien des qualités à faire valoir et peut être considérée comme une porte d’entrée indéniable pour toute personne décidée à lire une aventure riche et mature de l’homme chauve-souris. Équilibrée, elle comprend des épisodes axés sur l’action, d’autres où l’investigation constitue une réelle plus-value mais aussi plusieurs que l’on pourrait qualifier de novateur tant les idées de Grant Morrison sont rafraîchissantes.

Et il n’y a pas qu’au scénario que la série tire son épingle du jeu puisque les quelques dessinateurs qui se succèdent sont tous d’un calibre exceptionnel ! (Tony Daniel, Frank Quitely, Frazer Irving…)

Néanmoins, une histoire aussi riche et pour laquelle Urban a réalisé un travail éditorial important demandera quand même au lecteur d’effectuer quelques recherches sur Google. Mais n’est-ce pas là la véritable qualité de ce chef-d’oeuvre? Nous pousser à en apprendre plus sur le personnage de Batman?

R.L.

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