Nous sommes en France, la météo n’en fait qu’à sa tête et l’extrême droite est aux portes du pouvoir… Cela vous rappelle-t-il quelque chose ? C’est en tout cas le terrain de jeu choisi par Marion Mousse (Phineas, From Outer Space…) et Martin Quenehen (Ce monde n’existe pas, Quatorze Juillet…) pour leur roman graphique : Je Suis la Dernière Elfe.
Une publication française renvoyant au style de Mike Mignola, vous avouerez que ce n’est pas commun ! Le livre nous avait pourtant mis sur la voie avec une couverture en ce sens. Et cette dernière ne nous avait pas menti puisqu’à l’intérieur, le jeu d’ombres côtoie un trait stylisé et nous renvoie immédiatement à l’esthétique des aventures du célèbre Hellboy. Sans copier-coller la recette, le dessinateur tire son épingle du jeu avec une atmosphère sombre et pessimiste.
Pessimiste en effet, et pour ce faire, l’ambiance est épaulée par le scénario. On y suit Lif, une jeune Elfe désabusée qui se morfond. Elle s’ennuie, cherche à fuir ce monde dans lequel elle ne trouve décidément plus sa place. Ce monde, c’est le nôtre, à quelques différences près. Les conditions climatiques ont encore empiré, l’extrême droite ne trouve plus d’opposition sur la scène politique… et, en outre, le Ragnarök frappe à nos portes.
Alors qu’elle deale de la drogue, une substance elfique dont sa race seule connaît le secret, Lif tombe sur la clé des enfers : l’épée Tyr. Mais elle n’est pas la seule à rechercher l’arme qui offrirait bien des opportunités à son détenteur…
Martin Quenehen réussit ici un joli tour de force. D’abord parce qu’il est ardu, vous en conviendrez, de mêler la réalité (celle de nos politiques, des changements climatiques…) à l’unvers de la fantasy. Ensuite parce que rendre le tout captivant relève de l’exploit, ou presque. Or, ici, chaque page nous pousse vers la suivante tant les bonnes idées s’accumulent au fur et à mesure du récit. Par exemple, les chapitres commencent par l’une ou l’autre coupure de presse, une façon originale de nous situer dans la France de cette histoire de manière immersive. Et surtout, le scénariste a l’art de brouiller les pistes. À plusieurs reprises, nous avons eu l’impression de comprendre où il allait, de deviner la suite des péripéties… et pourtant, Martin Quenehen parvient bien souvent à nous surprendre pour notre plus grande satisfaction.
En définitive, le scénario est simple, mais pas dénué d’intérêt, au contraire ! On s’interroge sur l’existence de cette Elfe dans nos contrées françaises, avant de la suivre, fasciné par la destinée qui s’impose à son quotidien ainsi que par celles et ceux qui vivent à l’abri du regard des Hommes que nous sommes. Enfin, l’ouvrage mêle les références de la mythologie viking à la scène politique que nous connaissons si bien, pour nous faire parcourir un univers travaillé qui, au demeurant, n’en laissait rien paraître.
Note : 8/10
R.L.