Supercanon! : une biographie surprenante et poétique sur un vendeur d’armes

Après Leonard Cohen – Sur un fil, Philippe Girard nous gratifie d’une nouvelle biographie, bien différente de la précédente, puisqu’il nous dresse le portrait de Gerald Bull, un vendeur d’armes qui fit la une de nombreux médias dans les années 90. Atypique et original, Supercanon! mérite à bien des égards que l’on s’y penche.

On y retrouve un personnage gris : un vendeur d’armes, et donc de mort, qui, dans son for intérieur, n’est pas mauvais. Il veut réaliser ses rêves et pour cela, il est prêt à vendre des canons à travers le monde. Seulement, il n’est pas seul avec sa conscience dans cette entreprise. Des gouvernements, la CIA et d’autres le manipuleront pour le pousser à toujours créer plus d’engins militaires. Une course sans fin qui conduira l’homme à sa propre fin…

Pour raconter cette tragédie, Girard prend le parti d’imaginer une partie de l’histoire, celle concernant les pensées et les véritables aspirations de son protagoniste. Dans cet ordre d’idées, l’auteur le dote d’un rêve, celui d’envoyer des satellites dans l’espace grâce à des canons. Fortement influencé par les écrits de Jules Vernes, le vendeur d’armes n’aura de cesse de poursuivre son objectif : aider la science à l’aide de ses créations. D’ailleurs, dans tout son récit, jamais Girard ne cite le nom de « Gérald Bull », lui préférant celui de Gerry. Un pseudonyme inventé pour une biographie poétique.

L’artiste expliquera ce choix avec ces mots : « Je devais me donner la liberté de présenter le personnage que j’ai découvert et imaginé […] Je voulais raconter le Gerald Bull secret, celui qui vit à l’intérieur de lui-même. » Un idée qui pourrait déplaire mais qui ajoute tellement de richesses à Supercanon!. On entrevoit le personnage sous différentes facettes et pas uniquement d’un point de vue factuel, offrant au lecteur plusieurs façon d’aborder le récit. Et puis, à ceux qui mettront en avant le manque de véracité de cette biographie, Girard répond : « Le docteur Gerry que j’imagine est certainement plus proche de ce qu’était Gerald Bull que ce que peuvent en dire des articles de presse ».

En tout cas, pour notre part, nous avons été charmés. D’abord par le trait fin et clair du dessinateur, ensuite par la narration et la poésie palpable de son propos.

Vous l’aurez compris, Supercanon!, édité par Casterman, est un très bel ouvrage, plein de surprises et d’informations sur la vie d’un homme à part. Gerry n’aura de cesse de courir après ses rêves au détriment de la vie d’autrui. Ce qui débouchera sur un roman graphique imaginatif et biographique que l’on rangera volontiers aux côtés des meilleurs ouvrages du genre.

Note : 9/10

R.L.

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