Non, Hitler ne s’est pas retrouvé à la tête de l’Allemagne d’un claquement de doigts. Il ne s’est pas lancé à la conquête du pouvoir sur un chemin aisé, qui n’attendait qu’à être parcouru et qui lui aurait été destiné. Le parti du futur dictateur a rencontré de nombreux obstacles et une opposition politique de taille. Pourtant, nous savons tous ce qu’il est advenu…
Cela s’est fait grâce à quelques-uns, désireux d’utiliser le parti nazi comme un piédestal pour se maintenir au pouvoir. Seulement, instrumentaliser un parti, une mouvance, un homme… n’est pas chose aisée lorsque ces derniers ont de la ressource et visent exactement la même chose que vous.
Johann Chapoutot et Philippe Girard remontent donc le temps pour explorer les coulisses du pouvoir dans l’Allemagne d’avant la Seconde Guerre mondiale. Ce roman graphique s’appuie sur un essai, comme ce fut le cas avec Le Temps des Salauds, et met lui aussi en exergue la montée du fascisme. D’un œil aiguisé, les deux artistes éclairent le passé, mettent en lumière les personnalités de l’Allemagne d’antan et braquent les projecteurs sur les nazis qui ont contribué à l’ascension de leur parti. On se rend alors compte que beaucoup voyaient le nazisme comme un caillou dans la chaussure, qu’ils pourraient retirer au moment opportun.
Évidemment, le caillou est devenu un rocher et a fini par tout écrabouiller sur son passage politique. L’œuvre chroniquée ici en rend compte de bien belle façon, même si, parfois, des connaissances préalables sont nécessaires, tant les noms des bureaucrates et les événements s’enchaînent. Quelques notions de politique sont également utiles à la bonne compréhension du livre. Rien d’insurmontable, toutefois, puisque quelques pages permettent de se plonger aisément dans cette période historique.
Le graphisme est, lui aussi, tout à fait pertinent. Inspiré des affiches d’époque, avec des caractères de grande taille pour annoncer les changements… L’idée fait mouche ! Le lecteur finit par s’immerger dans le récit et par se croire au cœur d’une propagande massive qui, pourtant, ne cherche ici qu’à lui transmettre des informations, sans l’endoctriner.
Au final, tant par ses qualités informatives que par sa narration efficace et ses qualités graphiques, Les Irresponsables est une œuvre à lire, surtout en cette période de montée de l’extrême droite dans bien trop de pays. On y apprend que l’Histoire n’est jamais à l’abri de se répéter et que les nazis n’ont jamais, eux non plus, été « voués à gouverner ».
Note : 8/10
R. L.