Clear : le récit d’anticipation qui fourmille de bonnes idées !

Et toi, quel est ton voile ? Préfères-tu observer le monde façon année 80 avec des affiches colorées, kitch à souhait, et des joggings fluos ? Ou es-tu plutôt un fan de films d’horreur qui aime voir ses concitoyens transformés en zombies ? Dans ce cas, tu devrais prendre un voile dédié et marcher au milieu des passants morts-vivants. Ceci ne te plait pas ? Alors, opte pour le voile cartoon et le monde t’apparaîtra comme un gigantesque dessin animé.

Les voiles sont au cœur du propos de Clear, comic-book de Scott Snyder (La Cour des Hiboux, Undiscovered Country, A.D. After Death…) et de Francis Manapul (The Flash, WitchBlade, Justice League…). Dans le futur de Clear, nous n’avons plus besoin d’ordinateurs. Nos yeux font office d’écrans et notre cerveau est la seule machine qui se connecte aux serveurs du monde. Au sein de ce dernier, deux entreprises dominent l’économie. La première fabrique des robots qui s’occupent de toutes nos corvées. La seconde est la créatrice des « voiles ». Ces derniers sont des filtres à l’image de ceux qu’on trouve aujourd’hui sur nos applications de téléphone. Evidemment, dans Clear, l’idée est poussée à son paroxysme. Le filtre s’applique à tout ce qui nous entoure et surtout, il est directement implanté dans notre corps. Avec un voile, vous verrez le monde d’une toute autre manière. En mode western, japonisant ou futuriste, à vous de choisir ! Et malheur à ceux qui regarderaient les alentours sans filtres. Les objets sont maintenant ternes et sans relief ; seulement destinés à être voilés…

Dans cet univers, on suit l’inspecteur Dune, un privé dont la vie fut méchamment secouée lorsqu’il perdit son jeune fils. Cet événement perturba à ce point la petite famille qu’il s’en suivit un divorce houleux. Et alors que Dune tente d’oublier ces tristes événements, le passé revient le prendre à la gorge : son ex-femme s’est suicidée dans d’étranges circonstances. Décidé à en découvrir les raisons, l’inspecteur se lancera dans une enquête qui lui en apprendra bien plus sur la société qu’il n’aurait pu l’envisager.

Un récit d’anticipation original

Bien que classé « Science-Fiction », Clear incorpore de belles idées liées à l’innovation et à l’anticipation. À plusieurs reprises, les lecteurs que nous sommes stopperont leur lecture pour réfléchir : « et si c’était là notre futur ? » Aujourd’hui, nous ne voyons que ce que les gouvernements décident de nous montrer, nous jouons avec une technologie dont la conception nous échappe, et enfin, nous n’hésitons pas, pour beaucoup, à fermer les yeux sur la pauvreté, l’écologie et d’autres problématiques pour profiter de notre cher confort. Dans Clear, Snyder ne fait que développer notre présent en l’imaginant sous sa forme absolue. Entre les cerveaux qui remplacent les smartphones, les pauvres qui sont complètement cachés à la vue des nantis et l’écologie qui se noie sous une tonne de béton et d’immeubles, Clear est avant-tout un récit d’anticipation.

Dans celui-ci, la notion de voile est savamment exploitée. D’ailleurs, Francis Manapul se plaît à jouer avec le concept pour notre plus grand plaisir. Par exemple, lorsque Dune encaisse les tirs d’une arme capable de projeter plusieurs voiles en même temps, il doit se concentrer afin de ne pas dijoncter devant la multitude d’aspects qui défilent sous ses yeux. Pour en rendre compte, Manapul fragmente ses cases et joue avec le médium. Les cases n’en sont plus et prennent des formes diverses sur la page. L’effet est original, bienvenu et renforce l’immersion. Toutefois, lors de certaines péripéties, on aurait apprécié encore plus d’expérimentations graphiques. On a sans cesse l’impression que le dessinateur se lâche mais… avec retenue.

Quant à l’histoire, elle reste prenante. L’enquête nous emmène dans les bas-fonds de ce monde où rien n’est ce qu’il semble être à cause des voiles. On découvre alors de quelle façon la société est régie, qui sont ceux qui tirent les ficelles, le tout au travers des yeux de Dune. Ce dernier également est plutôt bien développé. Torturé, Dune n’est pas le genre de personnage que l’on retrouve dans tous les comics. Sa pysché est rapidement mise en avant et son background (la perte de son enfant, son divorce…) lui offre une belle consistance.

Enfin, même si Clear présente de nombreuses qualités, signalons tout de même que la fin ouverte est somme toute attendue. Il manque, selon nous, un épilogue aussi original que le chemin parcouru pour y arriver. Autrement dit, Clear reste l’un de ces récits où le voyage compte plus que la destination.

En résumé, Clear est un comic-book très appréciable. Le dessin de Francis Manapul rend honneur au scénario de Scott Snyder. On y retrouve aussi les qualités et les défauts du scénariste avec, d’un côté, une superbe entrée en matière au cours de laquelle on ne demande qu’à en apprendre plus sur le monde de Clear, et de l’autre, une fin abrupte manquant le coche. Ce comic-book n’en reste pas moins réussi. C’est pourquoi on regrettera d’autant plus ses quelques défauts.

Note : 8/10

R.L.

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