Vietnam Journal : largage en jungle vietnamienne !

Les bombes explosent, les balles sifflent, les pièges se referment. La guerre du Vietnam a laissé des traces et demeure, encore aujourd’hui, dans la mémoire de nombreux vétérans à l’instar de Don Lomax. Dessinateur pour la presse, l’artiste a, surtout, choisi de relater les nombreuses histoires qu’il vécut ou entendit durant sa mobilisation au sein du « Vietnam Journal« .

Edité par Delirium, le premier volume du Journal nous entraîne très vite dans un monde qui nous semble si lointain et si irréaliste. Dans les faits, Lomax évite la surenchère d’hémoglobine et les images trop violentes. Pourtant, les différents chapitres transpirent d’émotions fortes : on découvre un soldat attendant la mort après avoir perdu son meilleur ami, son chien-pisteur ; un autre qui, heureux d’avoir survécu à une embuscade, finit par mourir lors d’une nuit paisible…

Pour raconter ces histoires, l’auteur a inventé un personnage, figure centrale du récit, un journaliste surnommé « Journal ». Ce dernier suit les soldats dans leur quotidien et délaisse progressivement son objectivité journalistique au profit de la colère, de la rage, de la tristesse…

Les morts pleuvent et chacune des situations, en apparence anodine, se transforme rapidement en mission de survie. Dès lors, on se rend compte de l’exploit accompli par les différents corps d’armée à l’époque : celui de rester en vie. Evidemment, nous ne profitons que de la perspective américaine à notre grand dam. Cependant, dans le Vietnam Journal, guère de manichéisme ou de discours sur la supériorité américaine, bien au contraire : l’auteur n’hésite pas à mettre en avant des personnalités discutables du camp occidental ou encore, à critiquer son propre gouvernement pour avoir envoyé des milliers d’américains au front.

Les récits de vie sont racontés en noir et blanc dans un style qui rappellera parfois la caricature de presse. Le fait est que l’ensemble marche plutôt bien : le noir et blanc offre l’opportunité de pleinement profiter du trait de l’artiste, tandis que certaines expressions faciales permettent d’atténuer une situation dramatique.

Précisons également que chaque chapitre est précédé de l’histoire d’un GI disparu en mission. Il est question de militaires pour lesquels les familles se battent encore aujourd’hui afin de savoir ce qu’il est advenu d’eux. Enfermés dans des camps de travail ou tout simplement disparus de la circulation pour d’obscures raisons, ces victimes du conflit trouvent, en ces pages, un hommage bienvenu.

Publié sous la forme d’un softcover à rabats, l’ouvrage se rapproche d’un journal et parvient à divertir tout en rendant compte de l’horreur de la guerre. S’il ne propose pas une analyse détaillée du conflit mais bien de petites histoires vécues par un vétéran de guerre au sein de son détachement, le récit offre, par ce biais, une nouvelle façon d’approcher ce pan historique de notre monde.

8/10

R.L.

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