Space Oddity, Heroes, Starman, Rebel Rebel… Ces titres ont fait vibrer des générations et continuent de le faire de nos jours. Pour preuve, combien d’entre vous auront l’un de ces airs si mythiques vagabondant dans la tête à la simple lecture de ces lignes ? Si tel est le cas, pas d’inquiétude ! C’est un symptôme tout à fait classique. La maladie, celle de la musique, vous a ensorcelé et, au lieu de la combattre, Reinhard Kleist, cet artiste génial, s’attache une fois encore à nous expliquer en bande dessinée comment vous en êtes arrivé là.
Ce n’est pas la première fois que nous citons son nom, Reinhard Kleist est devenu au cours du temps l’un de ces auteurs incontournables pour tous ceux qui souhaitent en apprendre plus sur leurs artistes préférés. Johnny Cash, Emile Griffith… ne sont que quelques incontournables par lesquels il vous faudra passer si vous désirez parcourir le spectre du génie de ce grand artiste.
Mais revenons-en au livre qui occupe cette critique. Dans Starman, Kleist s’intéresse à la transformation ; au quotidien d’un homme désirant avant-tout percer dans un monde musical particulièrement difficile d’accès. De manager en manager, l’histoire de David Bowie s’écrira au son de sa musique et au visuel de ses shows. Des tenues extravagantes, des attitudes provocatrices sur scène, des textes très inspirés portant sur la solitude, sur l’espace… Tous ces ingrédients réunis ont permis la montée au sommet d’un prodige en avance sur son temps, ou plutôt de l’adulation pour la création d’un personnage de fiction : Ziggy Stardust. Et c’est bien cela que Reinhard Kleist s’est voué à transmettre dans les pages de son œuvre. Et avec brio qui plus est.
Pour ce faire, l’artiste use de plusieurs cordes. Des cordes dont il a le secret et sur lesquelles il a déjà pu travailler lors de précédents ouvrages. Parmi celles-ci, on se doit de souligner l’impact de la colorisation. Les couleurs flirtent avec l’extravagance pour rendre compte de la personnalité et de l’univers de David Bowie. Et puis, le lecteur peut aussi compter sur les dialogues, particulièrement travaillés et d’une justesse appréciable ; jamais alambiqués, toujours clairs et vifs. Ces mots partagés laissent entrevoir l’ensemble des relations que tissait le chanteur. Entre les multiples relations sexuelles/amoureuses, des managers remplacés du jour au lendemain, et des musiciens fidèles, David Bowie a toujours vécu sa carrière entouré d’un microcosme qui croyait en lui. Une facette dont use Kleist avec une efficacité redoutable au point d’inventer un astronaute épiant du coin de l’oeil chaque nouvel pierre posée dans la carrière de l’artiste musical. Comme si sa « création », le sujet de ses compositions, existait réellement tel un miroir de ce génie de la musique. Un concept bizarre au demeurant mais si parfaitement imbriqué dans le récit pour mettre en lumière celui qui chantait la solitude de l’espace à des foules transcendées…
Si l’on conseille évidemment cette nouvelle sortie aux fans de Bowie, et aux autres aussi d’ailleurs, on ne peut s’empêcher de souligner quelques… manquements. Ainsi, aucune référence au temps qui passe ne sera donnée. Outre le fait de ne pas savoir en quelle année on se trouve, la difficulté est plutôt de reconnaître flashbacks et flashforwards d’une page à l’autre. David Bowie déniche un manager, discute avec lui de ses shows, entrevoit le futur et hop ! Deux pages plus loin, ce même David est en conversation avec un tout nouvel individu qui s’avère être… un nouveau manager. Rien de bien grave même si cela reste regrettable et pourra malheureusement freiner les lecteurs les moins attirés par ce genre d’ouvrages. Surtout quand quelques visages souffrent de la même carence : des traits peu discernables.
En attendant, Reinhard Kleist produit ce qu’il sait faire de mieux : une plongée dans la vie d’un artiste lorsque celui-ci était à des années d’entamer la carrière qu’on lui connait désormais. Les déboires des premiers concerts, la recherche de création de son « personnage » pour le monde du show-business, l’ascension aux plus hautes sphères, des rencontres magistrales… R. Kleist n’omet aucun détails et nous immerge dans le monde de son sujet pour notre plus grand plaisir. Et une fois le livre refermé, une seule envie nous taraude : celle de réécouter les plus grands succès de ce musicien incomparable qu’est David Bowie. Et n’est-ce pas là, en fin de compte, la plus importante preuve de la réussite de cet ouvrage?
Note : 8/10
R.L.