Deter ou un cocktail de Dark Fantasy saupoudré d’inspirations iconiques

La Dark Fantasy reste un genre sous-exploité. Berserk (manga) en tête de file, les romans de Joe Abercrombie, l’œuvre de Corben… : les exemples se compteraient presque sur les doigts d’une main. Et bien, nous avons de la chance car depuis peu, un nouvel auteur vient s’immiscer dans cette courte liste. Si vous nous lisez régulièrement, vous n’avez pas pu passer à côté tant Amaury Bündgen a déjà été cité à plusieurs reprises sur notre site web. Et il revient ici avec un nouvel ouvrage, Deter, pour lequel l’éditeur nous souffle que les influences sont à chercher du côté de Corben et de Frazzeta. De quoi nous mettre l’eau à la bouche, assurément.

Pour rappel, l’artiste nous avait agréablement surpris avec Ion Mud, un récit de science-fiction tirant quelques-unes de ses influences de Blame (manga) et d’autres œuvres majeures. Par la suite, chacune de ses productions avait réussi à nous intriguer, à nous toucher d’une façon ou d’une autre. Via son trait d’abord, qui doit encore s’affiner en ce qui concerne les visages humains, mais qui offrait déjà des décors détaillés, des ambiances sombres et quelques créatures des plus glauques et du plus bel effet. Ensuite, par la narration qui s’est toujours voulue le support d’une intrigue mystérieuse ; toutes les clés du récit ne nous étaient jamais offertes à l’entame de notre lecture.

Revenons-en à Deter. Cette nouvelle itération est-elle à inscrire dans la droite lignée des œuvres précédentes de Bündgen ? Et bien oui. Ce récit plaira aux adeptes du genre et de l’artiste. Ainsi, le scénario ne sera pas de ceux qui viendront vous estomaquer avec une fin rocambolesque ; il s’agit d’une entrée dans un univers maitrisé, avec ses personnages violents, et ses ramifications simples mais efficaces. Dans Deter, le héros investit une tour dont les multiples étages sont la propriété de clans et d’autres factions guerrières. Cela afin d’atteindre le niveau où vit son employeur et de recevoir son tribut pour une mission qu’il a réussie. Si l’intrigue n’a rien de transcendant, on ne se lassera pas d’explorer les différents étages auprès du personnage principal et d’y découvrir ceux qui y règnent en maîtres. Un scénario que l’on pourra comparer à certaines créations de Richard Corben au travers d’un personnage sur qui les événements n’ont pas de prise, et qui trace sa route sans discontinuer dans le seul but de parvenir à son objectif.

Si l’on regrettera toujours des visages un tant soit peu figés côté humain et des mouvements manquant de dynamisme, les monstres (les créatures) sont quant à eux une franche réussite ! Amaury Bündgen se réapproprie les espèces déjà entrevues dans d’autres créations et les redessine à sa sauce avec succès. Et que dire des paysages et autres constructions dont le noir et blanc met en lumière la richesse des détails. Par moment, l’artiste parvient à nous éblouir au travers de ses planches, comme il l’avait fait avec Ion Mud par exemple. Que ce soit pour l’architecture de la tour ou la nature environnante, les décors ne manqueront pas de vous surprendre. Autrement dit, ce talentueux dessinateur est capable du meilleur pour nous immerger dans son sombre univers. Toutefois, force est de constater que lors de certains passages, nous perdons le sentiment de parcourir les étages d’une gigantesque tour. En cause, des arrières-plans parfois dénués de détails (un simple fond blanc en guise de décor), et des courses-poursuites pas toujours évidentes à suivre. Ajoutons qu’il est de temps à autre difficile de comprendre quel camp est ligué avec quelle autre bande. Les niveaux de la tour étant constitués de différentes ethnies, l’incompréhension règnera peut-être lors de votre première lecture, bien que ceci ne gachera en rien votre plaisir.

Evidemment, le monde présenté ici n’est point l’antre de l’amour et des fées. Au contraire, chaque nouvel endroit amène son quota de confrontations, de violence et d’hémoglobine. Deter franchit les paliers à sa manière, luttant parfois, fuyant aussi quand nécessaire. Et comme d’habitude avec l’auteur, le véritable objectif du héros se révélera à la toute fin seulement. Un objectif qui se dessinera dans le sang de ses adversaires. Car à l’instar des protagonistes évoluant dans les comics de Richard Corben, les personnages de Bündgen n’hésitent pas à faire souffrir leurs opposants et à les tuer, sans pour autant s’en émouvoir. Il s’agit pour eux de répondre à leur nature profonde, une nature violente, et de laisser libre cours à leurs envies. Bref, de la Dark Fantasy pur jus.

Deter reste donc une sortie tout à fait sympathique qui devrait ravir les nombreux lecteurs fans du genre. On y suit un héros sur qui rien ne semble avoir de prise. Il avance, imperturbable, tuant quand cela s’avère nécessaire dans un univers sombre. En attendant, on est en droit d’espérer davantage de l’artiste qui nous avait tant intrigués lors de ses précédentes parutions. Vivement le suivant !

Note : 7/10

R.L.

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