Ce monde n’existe pas : la poésie à la rencontre du Japon

Un trait fin, de l’aquarelle pour remplacer l’encre, et des silences, de la poésie, de la patience. Ce Monde n’Existe Pas subjugue, charme, et ce en quelques cases à peine. On y suit Jules , un homme accusé d’un crime pour lequel il est innocent. Engagé dans l’armée napoléonienne, il sera envoyé au Mexique, puis au Japon. En quelques mots, il y découvrira l’amour, la traitrise et un pays.

Il nous est très difficile d’en dire plus, comme il nous est tout aussi difficile d’évoquer les caractéristiques de ce roman graphique. C’est le genre d’écrit qui nous immerge dans son univers lors de la lecture, et nous frustre lors de l’écriture d’une chronique. Les mots ne nous viennent pas et on aurait presque envie de se contenter d’un : « lisez-le, vous comprendrez. »

Pourquoi ? Tout simplement car ce livre est une ôde à la poésie. Les phylactères sont peu nombreux à l’inverse des moments de silence, de quiétude qui se multiplient au gré des pages. Lire Ce Monde n’Existe Pas implique de se laisser le temps. Autrement dit, si vous êtes en recherche d’action pure, et que vous lisez ledit livre entre deux rendez-vous, que votre temps est minuté, alors… passez votre chemin ! Non pas que vous manqueriez l’un ou l’autre détail (les planches n’en fourmillent pas), mais plutôt tout l’intérêt de cette bande dessinée.

Antoine Cossé réussit un vrai tour de force. Sur papier, nos mots ne transcrivent pas la beauté de son art : peu de détails en comparaison de certaines BDs, plusieurs suites de cases qui se ressemblent… Et pourtant ! La magie opère avec une facilité déconcertante. On hume les odeurs, on respire le même air que les personnages, on vit avec eux. Regarder un nuage ; observer un animal ; marcher dans une rue paisible… revient à vivre un véritable moment suspendu grâce à la technique de l’artiste.

Quant à l’histoire de Martin Quenehen (que l’on avait déjà découvert sur Corto Maltese et lors de collaborations avec Bastien Vives), elle est emplie de douceurs, de temps forts, de pauses, et de voyages. Les deux comparses se sont trouvés, et c’est tant mieux. L’un amène, par ses couleurs et sa technique, le lecteur à la contemplation. L’autre, par son écriture, parvient, au travers de son protagoniste, à nous plonger dans un récit à la fois doux et poétique, dramatique et poignant.

En d’autres mots, Ce Monde n’Existe Pas est presque une expérience à part. Le classer comme un roman graphique n’a rien d’extraordinaire tant tout dans celui-ci se révèle original, différent et contemplatif. A mille lieux des comics de super-héros (pour lesquels nous partageons un amour sans limite), cette sortie nous a envoutés grâce à son graphisme d’une simplicité trompeuse, et son scénario maitrisé et envoutant. Une réussite !

Note : 9/10

R.L.

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