Cécile veut être magistrate. Elle étudie le droit, et qu’on ne lui dise pas que sa condition de femme l’en empêche ! Beaucoup n’ont pas été dans son sens et … prenons un exemple plutôt. Un parmi tant d’autres, celui d’un pianiste un peu trop direct à son goût. La réaction est immédiate, dénuée de subtilités ! Les doigts du musicien, son « outil de travail », s’en souviendront, c’est certain. C’est bien simple : l’impulsivité de l’héroïne déborde d’une page à l’autre et démontre que rien ne la détournera jamais de son rêve.
Pour exploiter cette explosivité, il fallait y mettre les formes. Et c’est chose faite ! Un graphisme fluide et moderne, un trait vif, des couleurs donnant le ton de l’action : Walter Guissard, dont c’est le premier roman graphique, n’a pas fait les choses à moitié. Pour ce faire, il est accompagné, au scénario, de Victor Coutard (journaliste et auteur de livres pour enfants).
Cécile la Shérif a donc de quoi attirer les regards, titiller la curiosité des fans à la recherche d’une nouvelle lecture misant sur l’originalité. Et dès les premières pages, ils auront la sensation de ne pas s’être trompés : le rythme est soutenu ; la fumée de la locomotive en marche envahirait presque nos narines ; le découpage maitrisé ajoute encore à l’impression de mouvement, de vitesse. C’est si travaillé qu’on aurait souhaité voir certaines cases devenir des posters stylisés.
Bien-sûr, ce style ne plaira pas à tous. Nous avons conscience que le trait n’est pas celui recherché par la majorité des lecteurs de BDs et que beaucoup s’en retrouveraient déstabilisés. Soit.
A côté de cela, le propos nous a paru… trop lent, trop verbeux. Ainsi, le livre mêle scènes d’action et discours des plus longuets. On a parfois l’impression d’assister à une leçon d’école, et le rythme s’en retrouve malheureusement cassé, ralenti. Certaines déclarations auraient dû gagner en subtilité, de notre point de vue en tout cas, pour évoquer les deux sujets principaux de cette bande dessiné que sont la justice et la place de la femme. Le premier est illustré de façon originale : on assiste à l’histoire de Cécile au gré de pages ornées de textes de loi. Une belle idée ! Le personnage (comme le scénariste) connait son sujet et c’est tant mieux ! Cela apporte un vrai plus à cette création. Quant au second sujet, il est plus… commun, banal en ce qui concerne son approche. Attention, nous sommes de ceux (évidemment !) pour qui la femme devrait se hisser au même rang que les hommes. L’égalité doit primer. Ici, nous ne contestons pas la morale véhiculée par cette nouvelle sortie, mais sa structure, sa manière d’aborder le thème.
Enfin, remettons l’église au milieu du village : tout n’est pas à jeter, loin de là. Les touches d’humour passent vraiment bien et devraient décrocher quelques sourires ; les passages dédiés à l’action, au mouvement et au voyage vont marquer vos rétines ; et les personnages secondaires sont bien amenés, bien pensés. De plus, le livre finit sur quelques bonus appréciables.
En somme, Cécile La Shérif présente de belles qualités comme son graphisme différent, son originalité dans la conception de certaines scènes, et son désir de mettre en avant des sujets de société importants. Mais à nos yeux, ces points forts sont malheureusement contrebalancés par une narration parfois ralentie par des dialogues trop longs. A vous de juger si, au vu de ses points forts, l’œuvre méritera sa place dans votre bibliothèque.
Note : 6/10
R.L.