Dans la grande famille des JRPG, on citera Octopath Traveler. D’un côté, il est vrai, la série a époustouflé de nombreux fans du genre grâce à sa direction artistique en HD-2D. C’est d’ailleurs la première chose qui frappe lorsqu’on lance l’un des jeux de la saga. D’un autre côté, une prise en main jugée peu exigeante, des scénarios qui s’entrecroisent et ne permettent donc pas de s’attacher aux personnages… ont provoqué des débuts mitigés dans le cœur des joueurs. Et pourtant, le titre a fait les beaux jours de Square Enix, puisqu’une deuxième itération est sortie après la première, reprenant évidemment les qualités de son aîné. Et Square ne compte visiblement pas s’arrêter en si bon chemin. Ce nouvel épisode est une préquelle qui n’était pas attendue de pied ferme au vu de son origine mobile… Beaucoup pressentaient l’arrivée d’une simple version 1.5 de ce que l’on connaissait déjà, ou pire encore : un simple portage de la version smartphone. Eh bien, nous n’avons jamais été aussi heureux de nous tromper.
Quand la surprise nous guette…
Sur le papier, et bien qu’il soit prévu depuis son annonce sur toutes les consoles, rien ne nous préparait à dire autant de bien de cet Octopath Traveler 0. Et pourquoi cela ? Tout simplement parce que le jeu n’est, à la base, qu’une réédition d’un titre mobile. Autant dire qu’on en a vu d’autres avant lui, et que beaucoup se sont bien cassé la gueu** dans la majorité des cas (seuls de rares élus ont pu en limiter tant bien que mal les dégâts…). Et puis, que dire face à l’annonce d’un jeu demandant cent heures pour en faire le tour ? Vous me voyez venir ? Ou plutôt, vous voyez venir les quêtes à rallonge du type : « Va me chercher 3 fleurs rares », « Et aussi 4 herbes sauvages »… Sans oublier les combats qui s’éternisent, tout ça pour gagner un peu d’expérience et pouvoir enfin vaincre le boss qui nous met tant de bâtons dans les roues… La redondance à son paroxysme.
Pour faire court : oubliez tous vos présupposés ou presque !
Premier mea culpa : le jeu est loin d’être ennuyeux. La plupart des quêtes sont captivantes grâce à une solide narration. D’ailleurs, on peut tout de suite déceler une comparaison avec le défaut majeur du début de la série : trop de personnages et de quêtes disparates empêchaient malheureusement de s’attacher aux héros. Ici, le souci n’en est plus un et l’on avance, la manette en main, dans l’espoir d’en découvrir davantage. Alors, effectivement, on rencontre plus de protagonistes que par le passé, mais leur objectif commun permet de ne pas perdre de vue le fil de l’histoire. Ajoutez à cela des retournements de situation bien pensés, des personnages écrits avec brio et vous obtenez un scénario convaincant, qui s’illustre dans un univers cohérent. Quant au thème majeur, il se concentre sur la condition humaine et demeure assez sombre. Un bonheur pour les amoureux de héros torturés et de scénarios moins édulcorés. On est encore loin d’une œuvre comme le manga Berserk, mais la volonté affichée amène un vent de fraîcheur.
Le scénario, d’ailleurs, s’accompagne d’une exploration agréable (bien qu’elle soit à des années-lumière de renouveler la formule), entrecoupée de combats au tour par tour. Ces derniers reprennent en grande partie la formule d’origine. Les connaisseurs retrouveront donc les capacités permettant d’étourdir l’ennemi et d’activer plusieurs coups lors d’un même tour. Chacun se mettra alors à se contenir pour balancer ses enchaînements les plus dévastateurs en fin de combat, et répétera l’opération lors de la plupart des confrontations. Nous sommes donc en présence d’une copie « à revoir » pour le gameplay, puisqu’il devrait plaire aux nouveaux venus un temps seulement, avant qu’une once d’ennui ne plane sur leurs parties… Mais l’équipe de développement n’allait tout de même pas se reposer sur ses lauriers et a, ici aussi, repensé en partie sa formule. Dans cet ordre d’idées, on passe de 4 à 8 combattants dans notre équipe. Ce qui, vous vous en doutez, influencera votre stratégie, mais à un niveau encore relativement léger. L’effort est là ; il ne reste plus qu’à espérer que le studio persévère en ce sens lors d’une prochaine itération.
Second mea culpa : les quêtes secondaires, elles aussi, ont ce petit quelque chose d’attrayant. Prenons l’exemple le plus flagrant : il vous sera demandé de rebâtir le village des héros. Vous devrez recruter de la main-d’œuvre, dénicher tel ou tel matériau et vous engager dans des travaux pour embellir votre ville. Ensuite, libre à vous de profiter des avantages : argent et ressources. Une nouvelle manière de faire évoluer votre équipe selon ses besoins et d’éviter les quêtes de remplissage façon Fedex. Une idée perfectible évidemment (un seul point de vue pour observer les lieux au sein du village, peu d’intérêt en début d’aventure…), mais que vous aurez à cœur de mener à bien. Autrement dit, cette petite touche d’originalité entend, comme l’ensemble des nouveautés, vous faire succomber au titre. Un pari réussi dans notre cas…
En conclusion, sans être le messie attendu de la saga, cet Octopath 0 est une très bonne surprise. Il prend les ingrédients les plus goûteux de la recette des deux précédents opus et les mélange de façon harmonieuse. Bien sûr, on regrette la simplicité du système de création du village et celle des combats, au cours desquels on finira par répéter les mêmes actions. Cependant, soyez rassurés : le titre reste envoûtant grâce à son sombre scénario, ses personnages travaillés et une maîtrise graphique et artistique toujours au top. Bref, un bon cru !
Note : 8/10
R.L.