Les Gorilles du Général : 4 hommes pour protéger l’homme le plus important du pays

Dans chaque camp, des balles fusent, les morts s’empilent. Les pleurs, les cris, et la vue du sang deviennent anodins, habituels.

Nous sommes en 1959, les troubles ne cessent de se multiplier en France. En cause? La situation problématique de l’Algérie. La guerre sévit dans cette colonie française tandis que des attentats sont perpétrés en France. D’un côté, une volonté d’indépendance qui fait face à l’autre côté, et son envie de conserver sa mainmise sur les territoires africains. Pour rétablir la situation, le Général De Gaulle est placé à la tête du gouvernement. C’est alors que chacun, des ministres français au peuple algérien en passant par les citoyens français, se languit d’impatience. Tous désirent connaître le plan pour l’Algérie préconnisé par le chef d’Etat, cet homme dont on tente inlassablement de mettre fin à la vie. Et pour le défendre, ils sont quatre. Quatre gardes du corps, quatre gorilles. Seulement, l’un d’eux disparait, viré sans qu’aucune explication ne soit donnée aux trois autres. Dés lors, quand un nouvel homme de main, un français formé au FBI, débarque au pied levé en guise de remplacement, la méfiance s’installe…

Xavier Dorison (1629, ou l’effrayante histoire des naufragés du Jakarta; Le Château des Animaux ; Long John Silver…) nous livre une bande dessinée qui prend le temps d’installer son contexte historique et ses protagonistes. Ne vous y trompez pas pour autant, l’ennui n’est pas au rendez-vous et on ne dénombre aucune longueur. Nous sommes à mille lieux d’un écrit lent et poussif. Les tensions qui sévissent entre les deux pays sont décrites par touches, lors de péripéties, de dialogues… tandis que les personnages gagnent en profondeur au cours des péripéties dont le rythme nous entraine d’un chapitre à l’autre. Être garde du corps n’est pas de tout repos. Pire encore quand il s’agit de protéger la personnalité la plus influente d’un pays. Pour en rendre compte, le scénariste n’hésite pas à varier les scènes proches de la véracité historique à des passages imaginés pour l’occasion. L’ensemble est cohérent et développe notre empathie pour les personnages de cette BD.

Les amateurs de l’Histoire de France et de politique s’amuseront à discerner des têtes bien connues ainsi qu’un contexte étudié en classe ou écouté auprès de grands-parents à la langue bien pendue. D’ailleurs, X. Dorison a pensé à tous en plaçant en fin d’ouvrage des bonus très appréciables. On en découvre plus sur les véritables gorilles du Général De Gaulle, clichés à l’appui, et on se rend alors compte de la part historique de celle imaginée par l’auteur.

Côté dessins, Julien Telo (Elric…) nous a fait craindre le pire en début de volume avec quelques visages difficilement reconnaissables avant de retomber sur ses pieds avec adresse. Les lieux dessinés présentent une belle quantité de détails; les personnages voient leurs expressions marquées par le coup de crayon précis de l’artiste; et la colorisation, classique, met en avant de belle manière le travail réalisé par J. Telo.

En somme, Les Gorilles du Général – Septembre 59 est évidemment une bande dessinée que nous recommandons au plus grand nombre (on la déconseillera cependant aux âmes sensibles car l’une des scènes, notamment, pourrait choquer…). Prenant, original, soigné, cet ouvrage devrait faire parler de lui dans les semaines à suivre tant pour sa réalité historique que pour l’inventivité qu’il renferme. Après 1629, ou l’effrayante histoire des naufragés du Jakarta, Xavier Dorison nous délivre, une fois encore, un scénario semi-historique dont le résultat vaut chaque denier investi.

Note : 8/10

R.L.

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