La Mare : quand l’horreur psychologique rencontre le surnaturel

Sara et son mari, Huub, ont vécu un terrible drame avec la perte de leur jeune fils. Ils cherchent à aller de l’avant. Et s’ils s’installaient dans la demeure laissée par le grand-oncle de Huub, au fin fond d’une forêt, là où la nature reprend ses droits ? Un paysage idyllique, une situation géographique que recherchent beaucoup de citadins, un calme bienvenu : l’endroit a tout de la perfection ! Seulement, La Mare n’est pas un récit phylosophique sur le bien-être, les nouveaux départs et les joies que procure la nature. Ici, une mare noire trône au milieu des arbres qui entourent la nouvelle maison du couple. Une mare à l’aura obscure. Comme si… un mal était tapi sous la surface opaque de l’eau.

Ce récit d’épouvante, on le doit à Eric Kriek, un artiste au talent indéniable qu’on avait déjà pu apprécier grâce à L’Exilé ou encore Dans les Pins – 5 ballades meurtrières. Comme vous pourrez le constater, son savoir-faire s’exprime en premier lieu par son graphisme assez particulier. Le dessinateur aime jouer sur les ombres, sur ce qui s’y cache et sur des teintes de couleurs peu enthousiasmantes. Son trait bien souvent épais présente des similitudes avec ce qu’on pouvait trouver dans les vieux comics EC dont l’horreur faisait frémir plus d’un lecteur. En effet, dans La Mare, n’espérez pas y dénicher une nouvelle façon de surmonter un deuil, votre dose de joie de vivre, ou encore, la satisfaction de découvrir un couple surmonter ses tracas. Par contre, si c’est le frisson et l’étrange qui vous attirent, vous êtes au bon endroit !

La Mare nous a, d’une certaine façon, fait penser à certains récits de l’écrivain H.P. Lovecraft par son côté mystérieux. Quelque chose se cache dans la forêt, quelque chose d’anormal, sans que jamais il ne soit possible de le décrire précisément, ni même de le nommer.

Si le couple que met en scène Eric Kriek dans La Mare semble prêt à redémarrer une nouvelle vie au cours des premières pages, les lecteurs que nous sommes peuvent très rapidement ressentir qu’il n’en est rien. Sara est perdue et nul ne peut dire si sa psyché est à remettre en cause ou si c’est la forêt (et donc la mare) qui la tire vers le bas. En effet, Erik Kriek ne vous révèlera pas la solution de « ce » qui rôde près de Sara, et il est encore moins du genre à offrir des scènes de carnage, de gore ou de tueries frontales. Tout est suggéré, misant encore une fois sur une atmosphère lourde et pesante. L’imagination du lecteur est souvent la seule maître à bord, de quoi s’imaginer les pires horreurs, comme le souhaitait probablement l’auteur lorsqu’il développait son scénario.

Enfin, on insistera sur la qualité d’édition de très bonne facture. Une reliure qui fait « chic » dans votre bibliothèque, et quelques bonus en fin de volume (des croquis) enrichissent l’écrit. Il ne manquait qu’une interview de l’auteur pour comprendre la genèse de son projet afin de frôler la perfection.

Quoi qu’il en soit, La Mare tire son épingle du jeu via ses nombreux atouts. Son graphisme sombre et original, son atmosphère pesante, l’horreur psychologique (la descente aux enfers de Sara) et le côté surnaturel qui résulte de la fôret sont autant de qualités qui font de ce roman graphique une réussite que nous vous recommandons. Peu d’auteurs néerlandais sont parvenus à s’exporter sur la scène internationale en matière de BD mais force est de constater qu’Erik Kriek, lui, a encore de beaux jours devant lui !

Note : 8/10.

R.L.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.