L’Homme qui rêvait à l’envers : plongée dans les méandres du rêve

Si votre came, ce sont les récits dédiés au mystère, au mal, et à ce qu’on ne peut percevoir de façon tangible, L’Homme qui rêvait à l’envers devrait égayer, ou non, vos journées. Car oui, lire ce roman graphique revient bien à s’immerger dans la métaphysique du rêve, dans le questionnement permanent; le tout accompagné d’une tension de tous les instants qui rôde au détour de chaque planche. On pourrait évoquer de célèbres films d’horreur pour établir des comparaisons avec l’ouvrage chroniqué en ces lignes, mais cela reviendrait, d’une certaine façon, à vous révéler un tant soit peu de ce qui se cache derrière l’énigme que pose l’écrit.

Paris, XIXeme siècle. On frappe, tard dans la soirée, à la porte du docteur Parent. Une connaissance, Mathilde, lui intime de l’accompagner en Normandie pour déterminer l’état de son mari. Celui-ci est malade et semble se comporter bizarrement. Le pire se confirme à la lecture de son journal intime. Journal que nous, lecteurs, découvrirons en même temps que le docteur Parent, sur la route qui le conduira chez son patient.

Dès les premières pages, le style graphique interpelle. Simple de prime abord, il comprend ce qu’il faut de détails pour accrocher notre œil. Ensuite, le jeu de couleurs basé uniquement sur du noir, du rouge et du gris, vient parachever le travail en créant une atmosphère inquiétante, parfois obscure, et proche de l’horreur lors de quelques passages bien sentis. On passe d’un rêve à un autre, ou d’une situation à une autre tant il devient difficile, au fur et à mesure de la lecture, de savoir où commence le rêve et à partir de quand la réalité reprend-t-elle ses droits. Et c’est là tout l’objectif de l’artiste : nous perdre, nous questionner sur ce qui rôde auprès du patient du docteur. Est-ce un condensé de crises de somnanbulisme ? Ou un phénomène inexplicable, machiavélique, est-il à l’œuvre?

L’auteur, Emmanuel Polanco (graphiste de formation) signe ici son premier ouvrage, publié chez Casterman. Le style est original, le choix de couleurs particulièrement adapté et on retrouve un ton, un sens du dialogue, à la formulation vieillotte mais ô combien travaillée. En d’autres termes, l’immersion prend vite et bien. On se demanderait presque si l’artiste va se cantonner à ce style de récit, proche de l’horreur, ou s’il a l’intention de varier les genres, tout en conservant sa patte graphique. Dans pareil cas, la curiosité nous poussera à nous pencher sur la chose afin de découvrir ce que cela peut donner. Dans l’autre, nous aurons la même hâte d’entrevoir les nouvelles idées de cet artiste.

Pour conclure, L’homme qui rêvait à l’envers est une très bonne surprise. Le style graphique pourra paraître perturbant pour plus d’un lecteur, mais pour peu que l’on s’accroche, force est d’admettre qu’il convient au récit conté. Dans ce dernier, un homme perd ses repères face à un mal obscur dont il ne parvient pas à identifier l’origine. Maladie ? Créature ? Dédoublement de la personnalité ? Le suspense est total, et bien mené par un scénario accrocheur. A découvrir.

Note : 7/10

R.L.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.