Wonder Woman fait partie de ces figures imposantes du monde des comics. Sa prestance, son lasso de vérité, sa force titanesque, son histoire… Tout ceci constitue le mythe de cette Amazone aussi fière que robuste.
Vous la connaissez peut-être grâce à l’œuvre de George Perez ? Ou au travers de l’image que vous en ont donné les dessins animés (Justice League) durant votre enfance ? À moins que vous n’ayez été que récemment mis au courant des prouesses de l’héroïne par le biais du cinéma ?
Quoi qu’il en soit, qui que vous soyez, son nom n’a pas pu vous échapper, comme ceux de Superman, Batman et des autres héros de DC Comics. Et pourtant, bien que l’on vous en parle, sachez qu’il n’y a point de super-héroïne en collant dans le comic book chroniqué ici.
Une relecture magistrale
Wonder Woman Historia est un projet ambitieux au cours duquel la géniale Kelly Sue DeConnick repense la genèse du personnage. Et de genèse, il en est véritablement question car plus que Wonder Woman, ce sont les Amazones qui sont au centre de ce récit. D’ailleurs, si vous pensiez connaître celles-ci, ces femmes ambitieuses décidées à se lever contre les esclavagistes masculins, on vous arrête tout de suite. Comme le dit très bien la scénariste dans l’interview servant de préambule à cet ouvrage : « Oubliez tout ce que vous pensez savoir ». Son récit lui donnera raison, vous verrez. Vous partez d’une page blanche.
Pourtant, me direz-vous, des réinterpretations, des nouveaux départs, des « relaunch » sont monnaie courante dans l’univers des comics. Dès lors, qu’est-ce qui différencie ce Wonder Woman Historia des autres origin stories? Car si le scénario tient la route, il n’est pas le plus renversant que l’on ait pu lire jusqu’à aujourd’hui. Cependant, des évidences s’imposent, nous retiennent, nous empêchent d’interrompre notre lecture.
D’abord, c’est l’art de la narration.
Cette dernière est orientée sur le point de vue des femmes, de ces Amazones qui vont perdre la guerre contre les Dieux. Une vision unique et si originale qu’elle nous emporte de page en page. DeConnick nous emmène auprès des Dieux et Déesses qui régissent le monde et dont certains s’insurgent contre les Amazones, quand d’autres leur viennent en aide. L’autrice ne s’arrête pas là, bien sûr, et explore bon nombre de thématiques. Elle évoque notamment la place de la femme dans une époque greco-romaine plus lointaine, le poids des actes, ou encore le choix difficile de se dresser devant l’oppresseur. Voici donc ce qu’est la première évidence qui fait de ce comic-book un objet d’attraction incontestable.
Ensuite, le graphisme.
Somptueux, magnifique, fourmillant de détails, imaginatifs, inventifs. Les dessins que renferme Wonder Woman Historia brillent de mille qualificatifs. Phil Jimenez, Gene Ha et Nicola Scott, trois artistes sensationnels, ont décidément mis toute leur énergie dans ce livre.
Une pleine page de déités ? Soit un chef-d’œuvre dont on ne peut détacher le regard. Une incursion des Amazones sur le territoire des hommes ? Plutôt un moment épique où le mouvement semble dynamique. Une tribu guerrière ? Une armée de détails où plusieurs minutes seront nécessaires afin d’en distinguer toutes les nuances, références et autres dessins dans le dessin.
Au travers de ces sublimes planches, on découvre des dieux à foison, tous dans un style propre, repensés pour ne pas uniquement se reposer sur ce que l’on savait déjà. Tout comme les Amazones dont les armures perdent leurs références grecques. En réponse à ces choix, Phil Jimenez expliqua qu’il tenait à démanteler les idées que l’on se faisait de cette histoire.
Une réinterprétation donc, à la fois visuelle et narrative.
Pour conclure, ce Wonder Woman Historia frôle l’excellence. On pourra toujours regretter un scénario parfois sans grand bouleversement mais ce n’était pas le but recherché. Non, ici, à la manière d’un livre d’Histoire, on explore celle des Amazones et de leur naissance. De la terre des Hommes à l’île de Themyscira, on se délecte à découvrir les personnalités de celles qui ont servi de modèles à Wonder Woman. Et comme si cela ne se suffisait pas, le graphisme transforme ce comic-book en un récit majeur, immanquable, que chacun se doit d’exposer dans sa bibliothèque.
Note : 9/10
R.L.