Golden West : sublime incursion en territoire apache

Geronimo, un nom iconique, historique, ancien, et pourtant… peu peuvent se vanter de connaître son histoire sur le bout des doigts. Pour l’Amérique, c’en est une autre, d’histoire. Sa population sait, dès l’école et l’apprentissage de la naissance de sa nation, qui se cache derrière cette appellation. Un guerrier aux multiples faits d’armes, un homme plein de spiritualité, un indien élevé au rang de légende parmi les siens.

Toutefois, dans Golden West, le protagoniste principal n’est pas Geronimo mais un certain Woan, banni de son peuple, qui rencontrera la figure historique au cours de ses pérégrinations. À ses côtés, il découvrira une personnalité forte et charismatique ; un talent indéniable quand il s’agit de survivre en pleine nature ; un caractère en acier trempé. En d’autres mots, un personnage intrigant qui ne cessera d’attirer Woan, et ceux qui l’entourent, tout comme les lecteurs.

Le XIXème siècle a vu les Apaches perdre leurs terres, de nombreux frères d’armes, leurs biens… au profit de « l’homme blanc ». C’est dans cette période compliquée pour son peuple qu’a vécu Geronimo. Un nom qu’il choisit à la suite d’une attaque surprise sur un village mexicain où les habitants appelaient Saint-Jérôme (ou « Geronimo ») à l’aide. Sa vie sera d’ailleurs rythmée par les raids et autres embuscades. Il vouera une haine incommensurable au Mexique dont la plupart des citoyens ne considéraient les Apaches que comme des esclaves, de la marchandise. De l’autre côté, ce sont les « tuniques bleues » qui ne cesseront de s’approprier des terrains. Ceux-ci concentreront les autochtones dans des réserves réduisant ainsi les Apaches à un nombre ridicule tout en les contraignant à se sédentariser. Dans ce climat de tensions, Geronimo n’aura de cesse de s’élever comme un chamane mystique, un fier guerrier ou encore, un homme des plus instruits comme on peut le découvrir au travers des yeux de Woan dans ce Golden West.

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’avec ce nouveau roman graphique, Christian Rossi (W.E.S.T., Le Cœur des Amazones, La Gloire d’Héra…) démontre, encore une fois, qu’il profite d’un talent indéniable. Un talent qui s’exprime en premier lieu au travers de ses dessins. Son style immerge instantanément grâce aux tons de couleurs orangés, et choisis avec soin, mais également par son trait original. Ensuite, en second lieu, c’est par son aisance à raconter une histoire que Rossi nous rappelle qu’il n’est point un novice dans le milieu de la bande dessinée. Le scénario emmène les lecteurs dans des péripéties dont le rythme varie, à plusieurs reprises, comme un bon film. Vols de bétails, vie au sein d’une tribu, batailles contre des Mexicains armés de fusils, reflexions philosophiques sur l’avenir des Apaches, chasse, cueillette, rituels… Avec Golden West, Christian Rossi vit avec ses indiens. Et pour notre plus grand plaisir, il nous embarque avec lui dans cet univers semi-historique (Geronimo) et semi-fictif (Woan).

Ses personnages sont intéressants, différents et apportent tous quelque chose au récit. Une simple discussion prend des allures de débats philosophiques. Un conflit mêlant à peine une dizaine d’hommes s’apparente à une guerre de tranchées. Une traversée du désert devient un véritable chemin de croix. Et comme si cela ne suffisait pas, le dessinateur ajoute un acteur omniprésent à son récit : la nature. Le sable, la chaleur, les crotals, les sources d’eau… Le monde, au travers de magnifiques planches, se met à vivre lui aussi pour devenir un personnage à part entière.

Autrement dit, avec Golden West, Christian Rossi livre une nouvelle pépite à ses lecteurs. L’artiste nous comble avec son trait assuré, des visages marquants, un terrain aride et vivant, des confrontations immersives… De quoi satisfaire ses fans (et les autres). Mais une bande dessinée, ce n’est pas que du dessin. Et Rossi l’a bien compris puisque il est à la base d’une trame aussi marquante qu’intéressante. Réunis, graphisme et scénario accouchent d’un roman graphique dont on aurait tort de se priver. Vivement le prochain !

Note : 8/10

R.L.

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