Trois ans et demi, c’est le temps qu’il a fallu à Matthias Lehmann (La Favorite, L’Etouffeur de la RN115…) pour compiler toutes les informations nécessaires à son nouveau projet, Chumbo. On y découvre la vie d’une famille brésilienne et bourgeoise grâce à un père qui profite des mines brésiliennes au détriment de ses ouvriers. Derrière ce propos se trouve, une fois encore, la volonté de l’auteur d’étudier l’évolution d’une famille. Chacun de ses membres tentant de trouver sa place dans une société où politique, religion et condition sociale s’entremêlent pour former une impressionnante toile au sein de ce roman graphique.
Très clairement, Chumbo ne laissera pas indifférent. D’abord par le remarquable travail d’édition qui entoure l’œuvre. Le livre est publié dans un grand format (18x26cm), avec une couverture souple, comprend 368 pages et entend bien couvrir toute l’histoire de la famille Wallace.
Ensuite, c’est le trait de l’artiste qui attirera l’œil des plus curieux. Tout en noir et blanc, Chumbo intègre un style tout à fait reconnaissable, proche de la caricature et, par ce biais, mettant en exergue les expressions faciales. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les scènes de colère, de tristesse ou de surprise sont du plus bel effet ! En outre, les compositions sont inventives et détaillées, et poussent le lecteur à prendre le temps d’observer les nombreux paysages, bâtiments ou badauds qui fourmillent de toutes parts.
Enfin, le point fort de l’ouvrage se situe sans aucun doute dans le contexte politique et social que l’auteur dépeint. Celui d’une époque où le communisme gagne de plus en plus de fidèles dans des régions où les entrepreneurs restaient, jusqu’alors, les plus puissants. Le fascisme n’est, lui non plus, jamais loin et ses membres porteront d’ailleurs une oreille attentive aux demandes des patrons désirant faire taire les meneurs de syndicats. Il n’en faudra pas plus pour saisir l’ampleur du travail de Matthias Lehmann. Chaque planche, ou presque, contient son lot de renseignements que l’on découvre via le fil conducteur qu’est la famille Wallace. Tout va d’ailleurs très vite, parfois trop, puisque en une page ou une case, on se rend compte qu’un fait majeur s’est produit dans le récit. Rien de grave mais il faudra rester attentif.
Au final, Chumbo est un roman graphique qui plaira à beaucoup. Des férus d’Histoire qui s’intéressent à celle du Brésil aux curieux à la recherche d’un trait original, en passant par les fans de l’artiste. Original, atypique et graphiquement intrigant, Chumbo est une oeuvre qu’il faudra prendre le temps d’appréhender mais qui ne devrait pas décevoir les lecteurs de Matthias Lehmann.
Note: 7/10
R.L.